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Christian Estrosi |
Le juillet , le pilote de Grand Prix , Christian Estrosi , fêtait son 23ème anniversaire . Quelques
jours plus tôt , nous l'avions rencontré chez lui à Nice , où il nous avait longuement parlé de sa
découverte des compétitions , des problèmes auxquels sont confrontés les pilotes privés , de ses
victoires , et de sa vie de pilote professionnel . Toujours aussi accueillant , c'est un " Minet "
pleinement confiant en l'avenir qui s'expliqua longuement et calmement . Si sa bonne étoile ne le
délaisse pas trop , Estrosi pourrait bien être le premier Français à se faire sacrer Champion du
Monde de vitesse . Faisons donc plus ample connaissance avec celui qui porte sur son intégral l'emblème
du Centaure Club de Nice et sur le carénage de ses motos celui de la ville de Nice , un sponsor pour
le moins original ! C'est à 17 ans que Christian disputa sa première compétition motocycliste .
Mais pourquoi ?
" Lorsque j'étais gamin , raconte-t-il , j'ai fait du vélo , puis de la mobylette dès mes 14 ans . A
la sortie de l'école on se tirait de sacrées bourres sur les petites routes , et on chutait aussi
beaucoup ... mais fort heureusement jamais très sérieusement ! Mes parents étaient très inquiets de
mon attirance pour la moto , d'autant plus que j'avais pas mal de camarades de la région qui faisaient
des courses . Par chance , ils ne réalisèrent pas très vite mon désir de participer moi aussi à des
compétitions . D'ailleurs je dissimulais plus ou moins mes coups d'essais . C'étaient des courses de
côte régionales dont j'évitais de parler à la maison . Je faisais mes engagements en cachette ... le
samedi à la sortie du lycée j'allais reconnaître le terrain , et le dimanche , je courais avec la
machine qui me permettait d'aller à l'école tous les matins ". C'est probablement grâce aux liens de
profonde amitié qui le liaient à feu Alain-Georges Renouf ( vainqueur du premier Tour de France ) que
Estrosi eût la chance de découvrir de l'intérieur le monde de la moto . Mais comme il l'explique ,
jamais il ne s'identifia à lui comme un élève face à un maître . " Disons qu'avec Alain j'avais la
possibilité de faire des déplacements plus éloignés, puisqu'il m'emmenait avec mes motos . Il savait
me faire ressentir les motivations qui poussent un homme à tenter de devenir pilote . Alain Renouf est
non seulement un pilote qui m'a marqué sur le plan amitié , mais aussi par ses performances .
Cependant , jamais je n'ai voulu l'imiter ou me comparer à lui . Je pense que sur le plan pilotage on
ne peut pas avoir de maître à proprement parler . On ne peut pas dire à quelqu'un qui est sur une
moto : il faut faire de cette façon ... C'est quelque chose qui vient de soi-même et que l'on doit
pouvoir améliorer seul en s'inspirant de ses observations ".
Très vite , tu as délaissé les épreuves en côte pour les circuits , comment cela s'est-il passé ?
" J'ai fait deux ou trois courses de côte avec une 250 Kawasaki , et au début de la saison 1973
j'ai fait l'acquisition d'une Kawa-H2 pour disputer le Critérium des Sports . Les courses de côte ne
me passionnaient pas tellement , et un jour , vers la fin de la saison 72 , j'ai assisté pour la
première fois de ma vie à une course de vitesse pure sur le circuit Paul Ricard . J'ai trouvé cela
fantastique ... tous ces coureurs qui partaient en même temps et se retrouvaient en paquet dans les
prerniers tours , en essayant de se doubler aux freinages , d'accélérer plus tôt les uns que les
autres ... C'était tellement formidable que je décidai d'y goûter moi aussi ".
A cette époque , quels étaient vos désirs , et vous imaginiez-vous susceptible de devenir un vrai pilote ?
" Disons que je pensais beaucoup à la moto . Mais je n'avais pas l'ambition de devenir coureur
professionnel . On ne peut pas avoir une telle ambition , décider d'aller vite à moto , et être
capable dans ce métier , en le souhaitant tout simplement . Pour moi , c'était une passion et un jeu
sans avenir bien déterminé . Aujourd'hui encore je me demande de quoi demain sera fait !"
Kawasaki déjà ...
Comme vous pouvez le constater , tout au long de notre entretien avec Christian Estrosi le nom des
motos Kawasaki revient souvent sur ses lèvres , et il se pourrait bien qu'en 1979 ... mais n'anticipons
pas ! Revenons en 1974 , lorsque au lendemain du décès accidentel d'Alain Renouf sur le circuit Paul
Ricard , " Estro " fait une entrée remarquée dans le Tour de France .
" Alain avait prévu de me faire courir le Tour dans son équipe et de mettre à ma disposition une
machine fournie par la SIDEMM , l'importateur Kawasaki . Après l'accident d'Alain , Kawasaki tînt
tout de même à me faire participer à cette épreuve . Je me retrouvai donc avec un statut de
professionnel , des mécaniciens pour faire mon assistance et une moto officielle . Cela me remonta le
moral . Au soir du premier jour , j'étais 3ème , le second 2ème , et le troisième , je passai en
tête . Hélas , je cassai ma chaîne sur le circuit d'Albi et je me retrouvai en queue de classement .
Mais je remportai tout de même trois étapes à la suite de quoi la SIDEMM décida de m'associer à
William Gougy ( le vainqueur du Tour ) pour la saison européenne d'endurance . Avec notre grosse
Kawasaki nous terminâmes 4ème aux 1000 km du Mans , et nous fûmes contraints à l'abandon aux 24 h de
Barcelone suite à une chute de Gougy . Quant à moi , en faisant l'idiot sur la route , je me cassai
tout bêtement un bras un peu plus tard . Tout ce qui avait été prévu pour le Bol d'Or tomba à l'eau ,
puisqu'il m'était impossible de reconduire pendant trois mois !"
Avec l'aide de son père , Christian achète l'ancien magasin d'Alain , et pendant tout un hiver ,
pendant toute une inter-saison , qui n'en finit plus pour notre teenager , il apprend les rouages du
commerce . Malgré des bruits pessimistes partis de la capitale , rien n'arrête le développement sage
et sûr de la Concession exclusive Kawasaki installée 5 rue Caïs de Pierlas à Nice . En apprenant
qu'un autre pilote Sudiste , André Kaci , cherche à se séparer de sa 700 Yamaha compétition-client ,
Estrosi-junior est de nouveau repris par le démon de la course ...
" La première fois que je suis monté dessus , j'ai eu besoin de patienter pendant quelques séances
d'essais avant de m'y adapter . Les premières compétitions à son guidon ne furent pas très
concluantes , et mon préparateur , Edouard Morena " P.E.M. ", commençait à désespérer . Par la suite ,
vers le premier tiers de la saison , j'ai obtenu un premier résultat encourageant à Nogaro , où je
terminai 3ème derrière Victor Palomo et Philippe Coulon . Ce fut une bonne chose à un moment où
j'avais envie de tout arrêter . D'un seul coup , la chance se mettait à tourner en ma faveur , et en
quatre week-ends consécutifs , je réalisai des performances équivalentes sinon meilleures : 4ème du
Moto Journal 200 sur le Paul Ricard , 2ème à Dijon , derrière Patrick Pons , et deuxième de la manche
française du Championnat d'Europe 750 à Magny-Cours , derrière Barry Sheene . Pour Edouard et moi ,
ce fut l'apothéose . J'avais beaucoup de mal à réaliser ce qui m'arrivait , et je me voyais très mal à la place où j'étais !"
Quelle recette pour gagner ?
Alors qu'en endurance , et plus particulièrement au Bol d'Or 75 , la chance ne sourit pas à Estrosi
( associé en cette occasion à Gilles Husson ), en Formule 750 , il devait être en 76 le premier
Français à s'imposer dans une manche du Prix de la Fédération Internationale de Motocyclisme sur la
piste de Nogaro , devant Coulon et " Ago " notamment , après avoir littéralement oublié Sheene et
Cecotto . L'année dernière , alors que la F750 était promue au rang de Championnat du monde , " Minet "
fit encore jouer la Marseillaise à Dijon Prenois , et rappela si cela était nécessaire , qu'il était
temps de compter avec lui au sein du club très fermé des vainqueurs de Grand Prix . Cependant , ce
nouveau triomphe sous les couleurs " Marlboro-Mashe-Total-Nava-Maurice Profit " devant Coulon et le
pilote de l'usine Yamaha , Steve Baker , qui devait enlever la couronne mondiale , n'eût pas pour effet
de le rendre inabordable , bien au contraire ! Il était tout heureux de faire partager sa joie à son
préparateur de Golfe Juan , Edouard Morena , assisté en la circonstance d'Alain Cordier , et à son
coéquipier Philippe Coulon . Puis , tandis qu'il ôtait sa combinaison de cuir en fredonnant " Dieu que les
femmes sont belles ..." notre pilote play-boy s'achemina lentement vers une mémorable séance d'autographes .
" Si j'ai gagné c'est parce que toutes les conditions favorables étaient réunies , depuis ma moto qui
tournait comme une horloge jusqu'à moi-même sans oublier mes mécaniciens qui travaillèrent jour et
nuit afin que tout soit fin prêt le jour de la course . Pendant la durée des essais préliminaires ,
que nous avions entamés avant tous les autres concurrents , les spectateurs qui venaient nous voir
travailler me demandèrent si j'espérais être en mesure de gagner ... et finalement ils surent m'en
persuader ! Je suis certain que l'intérêt qu'ils m'accordèrent pour la plupart dans le seul but de me
faire plaisir , joua à fond sur mon moral . Etant donné que du côté de la mécanique tout fonctionna à
merveille , de même que pendant les ravitaillements , il n'y avait pas de raison d'hésiter à ouvrir
en grand pour gravir la plus haute marche du podium et remercier ainsi dignement le public ".
Un pilote doit aussi savoir accepter le revers de la médaille , la défaite qui le guette à la course suivante ou à celle d'après .
" Mais , poursuit Estrosi , même gonflé à bloc , personne ne peut faire des merveilles s'il ne possède
pas un bon outil de travail . Parfois on entend des gens critiquer un pilote qui termine second ,
troisième ou quatrième , sans jamais gagner ... Ce qu'ils ne savent peut-être pas c'est que lui-même
n'est pas obligatoirement en cause . Car la fois d'après , s'il bat tout le monde à la régulière , ce
n'est pas forcément parce qu'il se sera plus défoncé , étant donné que la logique veut que nous donnions
toujours le meilleur de nous mêmes , mais sans doute parce que sa moto aura bien fonctionné , sans
plus . Le meilleur pilote qui soit sur une mauvaise machine , on ne le verra jamais devant , pas plus
d'ailleurs que l'inverse se produira . Il n'y a pas de secret !"
Une lutte inégale
Puisque nous en venons à évoquer les problèmes techniques , Christian n'hésite pas à ouvrir la parenthèse
sur la course à l'armement , l'un des points-clé des sports mécaniques plus que partout ailleurs .
" Tout est possible en course , même les miracles ! Mais il faut savoir parfois et même plus souvent
qu'à son tour , redevenir réaliste , ceci afin d'effectuer des comparaisons avec toutes les données
en mains . Aujourd'hui par exemple , pour obtenir d'une 750 Yamaha compétition-client vendue 50000 F
en moyenne , une moto dans le coup au niveau des compétitions internationales , il faut investir de
l'argent non seulement dans la préparation , et dans la recherche . C'est-à-dire pour expérimenter et
progresser vers la solution idéale , momentanément tout au moins . Ce qui est problématique , et qui
donne aussi de l'intérêt à la course en permettant aux préparateurs de faire preuve d'ingéniosité ,
c'est qu'avant de toucher au but , il faut obligatoirement étudier directement sur les moteurs et les
chassis d'essais , qui nous servent en quelque sorte de brouillons . Lorsque un résultat positif
survient assez rapidement , l'opération est intéressante , mais par contre , si on dépense des milliers
de francs pour rien , la situation s'aggrave , car bien souvent on risque de perdre sa propre confiance
et de voir celle de ses annonceurs faire de même . Quand on est pilote privé , comme je l'ai toujours
été , il y a des étapes très difficiles à franchir , surtout lorsque on trouve en face de nous les
équipes d'usines . Bien sûr , elles rencontrent les mêmes problèmes , à cette différence près que des
hommes tels que mon préparateur Edouard Morena , chaque usine en a des dizaines ; des ingénieurs
spécialisés dans les chassis , les moteurs , les pneumatiques , et tout ce qui s'en suit . La lutte
est inégale mais tellement intéressante , car une victoire périlleuse c'est fantastique ! En fait ,
il suffit de savoir où l'on a la possibilité de se battre , de bien utiliser les moyens dont on
dispose en évitant le gaspillage , ce qui n'est pas toujours facile , et de se consacrer à fond dans
sa spécialité pour tenter l'impossible ".
Là aussi , la recette Estrosienne est piquante ...
" Pour ce qui est de savoir si je battrai encore une ou plusieurs fois les motos d'usine , en 750 ou
dans une autre catégorie , conclut Christian , je n'en sais absolument rien . Quoi qu'il advienne une
chose est certaine , je les ai devancées deux fois en F750 et je suis bien décidé à le refaire !"
Pour y parvenir dans les Championnats du Monde , avec l'une des nouvelles Kawasaki KR 250 fournie par
la SIDEMM , peut-être même en 350 très bientôt également avec une Kawa de l'importateur , et en 750
toujours sur une Yamaha OW 31 compé-client , Estrosi vient de décider au début du mois de juin
d'abandonner momentanément tout au moins , la classe 500 et sa Suzuki RG . Au lendemain des Grands
Prix d'Espagne , de France où il finit 4ème et d'Italie , étant donné qu'il ne dispose plus que du
soutien de la Ville de Nice , de Nava , de Total , de Furygan , ainsi que d'un apport considérablement
diminué de la part de Marlboro , il doit une nouvelle fois serrer la ceinture .
Toujours plus vite
Qu'il fasse soleil ou qu'il pleuve , que le moral soit plus ou moins haut , et que les essais
qualificatifs se soient plus ou moins bien passés , un pilote doit toujours chercher à se surpasser
le moment de l'affrontement venu . Sur chaque grille de départ , Estrosi se transforme en gagneur .
Tout au fond de lui , même dans les pires moments , il a toujours su et saura longtemps encore libérer
le catalyseur qui fait aller vite , très vite ... Mais 250 ou 300 km/h pour des 750 accusant environ
150 kg sur la balance , est-ce encore à l'échelle humaine ?
" Oui , car les moteurs 4 cylindres révèlent un minimum de souplesse et sont très utilisables bien
que très puissants . Personnellement je n'ai pas eu trop de difficultés voici trois ans maintenant ,
pour conduire vite ma première 700 , après avoir eu entre les mains au cours des mois précédents une
Kawasaki H2R qui était excessivement difficile à piloter ".
Et dans l'avenir , les motos iront elles plus vite encore ?
" Certainement , car elles subissent une évolution constante , et plus nous avancerons dans le temps ,
plus les motos iront vite . Actuellement , je pense que les usines essayent de faire des progrès au
niveau des parties cycle afin d'améliorer la tenue de route . Celà est d'ailleurs nécessaire puisque
la puissance des groupes propulseurs ne cesse d'augmenter . Avant , l'on cherchait à atteindre les
80 , 90 ou 100 CV sur des moteurs de 750 cm3 ou plus , et maintenant quelle 500 n'a pas ses 100 CV à la roue arrière ?"
Les manufacturiers en pneumatiques sont aussi en train de se livrer à une guerre sans merci , avec
leurs fameuses enveloppes " slick " lisses , surdimensionnées , et dont la gomme adhérente à l'extrême
se transforme presque en chewing-gum dès qu'elle vient de passer quelques minutes en contact sur
l'asphalte . Cela , Estrosi le sait parfaitement , lui qui travaillait encore ces derniers jours dans
la plus grande discrétion avec les gens de chez Michelin .
Mais les pilotes , pourront-ils aller plus vite ?
" Oui , l'être humain a toujours su s'adapter à tout , évoluer avec la technique , sa technique . Il
n'y a donc aucune raison pour que nous ne puissions rouler plus vite . Moi même je n'ai pas encore
réussi à sentir ma limite , et je sais que j'ai encore beaucoup de possibilités en réserve . Je pense
que c'est une question d'expérience , de métier , et qu'à un moment instinctivement et naturellement
j'irai plus vite d'un ou plusieurs dixièmes , peut-être d'une ou deux secondes sur un tour de circuit .
De toutes façons , je me sens progresser continuellement !"
Comme beaucoup de pilotes , Estro reproche la négligence des instances officielles vis-à-vis de circuits techniquement dépassés :
" Aussi longtemps que des organisateurs chercheront seulement à faire leur beurre , la situation ne
pourra guère évoluer . J'évalue à neuf sur dix le nombre des circuits de Grand Prix qui n'ont aucune
sécurité . Le problème se situe au sein de la FIM où ils se soutiennent les uns les autres pour le
choix des circuits ".
Et courir de plaisir
Au moment où la moto devient un sport à la mode , qui plus est capable de rapporter gros aux
meilleurs , on serait tenté de croire que les pilotes de la nouvelle génération viennent aux courses
pour chercher à gagner de l'argent .
Qu'en est-il exactement ?
" Je pense qu'au départ tout le monde court par plaisir . Puis quand on décide de tenter d'en vivre ,
il faut nécessairement joindre le besoin au plaisir , et d'une manière générale si on le mérite il
est normal que l'on touche de l'argent pour de bonnes performances !"
Courir , n'est-ce pas une façon un peu dangereuse de se faire plaisir ?
" Le danger existe un peu partout , et on est toujours à la merci d'un danger quelconque , en
particulier sur les routes plus que sur les circuits . Mais , à partir du moment où l'on se sent
parfaitement à son aise dans la peau d'un pilote , où l'on est bien et pleinement heureux , il n'y a
aucune raison d'être obsédé par le risque !"
Pourtant , sur les grilles de départ , ne t'est-il jamais arrivé de penser aux pilotes qui furent
grièvement blessés en course ?
" Cela m'est arrivé très souvent à mes débuts , lorsque j'étais pilote national . J'étais souvent pris
de quelques crises d'angoisse avant le départ d'une compétition . Une angoisse qui se dissipait bien
vite au bout de quelques tours de roue . Depuis , j'ai fait énormément de progrès sur le plan moral
et sur celui du pilotage . De cette façon , je ne ressens plus aucune difficulté avant un départ ".
Est-ce à dire que vous courrez décontracté ?
" Non , on ne peut pas dire que ce soit réellement de la décontraction , puisque en course on est
théoriquement concentré du début à la fin sur le pilotage , le comportement de sa moto , celui de ses
adversaires , et sur la piste dont il faut surveiller l'état et l'adhérence à chaque instant . Lorsque
je suis sur ma moto , je ne pense qu'à la trajectoire sur la piste , puis à aller le plus vite
possible , à freiner le plus tard possible , etc ... je suis incapable de penser à autre chose ,
et c'est un handicap de moins !"
Quel moment d'une course préfères-tu ?
" Ah , ah , ah !... j'aime tous les moments . Chaque moment d'une compétition est aussi appréciable qu'un
autre . Le départ est quelque chose de très excitant , car-il faut se sortir du paquet d'entrée afin d'être
dans le coup pour viser l'une des premières places . Mais tout au long de la course c'est passionnant ,
parce qu'il faut tout de même mener sa course , la calculer , savoir à quel moment il faudra mener
une attaque sur le concurrent de devant , ou alors essayer de se détacher d'un poursuivant trop pressant ."
As-tu le sentiment de délaisser ta vie de famille et de faire des sacrifices pour la course ?
" Je n'ai pas tellement de vie de famille , et de toute façon du 1er janvier au 31 décembre
je m'emploie à fond dans ma carrière sportive pour laquelle je fais d'énormes sacrifices . En
fait , je fais un pari sur l'avenir ".
Résolument tourné vers la vitesse
Si les copains de Christian Estrosi le surnomment amicalement " Minet ", c'est tout simplement parce
que des minettes sont bien souvent dans son sillage . C'est du moins ce que dit la légende sur
ce " Minet " redoutable , aux dents toujours autant acérées et toujours plus rapide . Ceci expliquant
cela , on comprend pourquoi malgré une place de Dauphin au Bol d'Or 75 , il reste résolument attiré
par la vitesse pure . Selon Christian , les 24 h de Barcelone tout comme le Bol d'Or ne sont pas
totalement comparables à des épreuves de vitesse sur 24 h :
" Même à Spa-Francorchamps en Belgique où le record absolu approche les 180 km/h sur deux tours
d'horloge , on ne peut pas dire que ce soit un sprint de bout en bout tel un Grand Prix . Pour les
pilotes il en est tout autrement que pour le côté technique de l'endurance , où l'on prend
relativement son temps pour apporter parfois d'importantes modifications sur une moto pendant la
course . Cinq , dix minutes ou plus séparent souvent à l'arrivée l'équipage vainqueur de son suivant
immédiat . C'est donc moins une question de secondes , lorsqu'on décide pour aller au bout de changer
un organe vital , ce qui serait irréalisable en Grand Prix ".
Faut-il alors classer les pilotes en deux catégories , ceux d'endurance et de vitesse ?
" Il y a de très bons pilotes d'endurance qui ne sont pas du tout dans le coup en vitesse pure . Par
contre , les très bons pilotes de vitesse ont toujours fait de très bons équipiers pour les courses
de longue haleine . Jusqu'à présent , un maximum de pilotes se sont dispersés simultanément dans ces
deux disciplines . Mais la plupart du temps , depuis quelques saisons déjà , les meilleures places
des palmarès sont occupées par des spécialistes . Il existe des exceptions , mais personnellement
j'aurais plutôt tendance à me consacrer uniquement à la vitesse où il n'est pas aisé de conserver une
place en haut du tableau . Bien qu'une éventuelle participation au Bol d'Or ne me soit pas interdite ,
j'envisage surtout de préparer l'avenir chez Kawasaki en essayant de faire de bons résultats ".
Espères-tu un de ces quatre te voir proposer une place de pilote d'usine ?
" Maintenant , au point où j'en suis arrivé , j'espère que ça viendra assez vite , et je ne pense pas
qu'il puisse y avoir de raisons pour que cela ne se réalise pas ".
A 23 ans , Christian Estrosi conserve le moral et la rage de vaincre d'un débutant . Pourtant , il
fait aujourd'hui partie des dix meilleurs pilotes de vitesse au monde et il n'attend qu'un coup de
pouce du hasard pour foncer vers un Titre de Champion du Monde . C'est une chance à ne pas laisser
passer , qu'on se le dise ...
Palmarès
1974
3ème Challenge Accat 750 ( Kawasaki )
1ème Classement côtes au Tour de France
2ème Classement aux points au Tour de France
4ème 1000 km du Mans ( 900 Kawasaki )
1er Trophée 500 National Montlhéry
1er Trophée de France 750
2ème Formule 1
1975
3ème Trophée 750 à Karland ( 700 Yamaha )
1er Trophée 750 à Nogaro ( 700 Yamaha )
3ème Formule 750 à Nogaro ( 700 Yamaha )
2ème Formule 750 à Dijon ( 700 Yamaha )
4ème Moto-Journal 200 ( 700 Yamaha )
2ème Coupe FIM 750 à Magny-Cours
2ème Tour de France ( Kawasaki )
5ème 24 h de Spa ( Kawasaki )
2ème Bol d'Or ( Kawasaki )
1976
Champion de France Formule 1 ( 750 )
7ème Coupe FIM 750
2ème Trophée du Million ( 750 Yamaha )
4ème Moto Journal 200 ( 750 Yamaha )
4ème Formule 750 à Dijon ( 750 Yamaha )
4ème Formule 250 à Dijon ( 750 Yamaha )
1er Coupe FIM 750 à Nogaro
2ème 1000 km de Mugelo ( Ducati )
8ème Grand Prix de Finlande 500 ( Suzuki )
6ème Coupe FIM 750 Hollande ( Yamaha )
1er Formule 750 Hockenheim ( Yamaha )
1977
Champion de France de Formule 1
11ème Daytona ( 750 Yamaha )
8ème Grand Prix du Vénézuéla 500 ( Suzuki )
4ème Moto Journal 200 ( Yamaha )
8ème Grand Prix d'Italie 500 ( Suzuki )
1er Championnat du Monde Dijon
3ème Grand Prix de Chimay 750
4ème Grand Prix de Chimay 500
6ème à Misano en 500 inter
1978
1er Grand Prix Moto Revue à Nogaro
3ème Trophée du Million à Dijon
6ème Moto Journal 200
8ème Grand Prix d'Espagne 500
4ème Grand Prix de France à Nogaro
7ème Grand Prix d'Autriche 750
5ème Grand Prix d'Autriche 250 ( Kawasaki )
Informations tirées de Moto Magazine N° 6 de juillet 1978 . Par Charles Bernard Adréani .