Moto Journal a suivi la réalisation de la But |
Si on le surnomme Pépé , c'est moins parce qu'il est vieux ( 34 ans par là ) que parce qu'il radote .
Pépé , ça fait dix ans qu'il rumine des roues en alliage , des châssis monocoque , des gardes au sol
et des poids à sec .
Entre 1961 et 1964 il a beaucoup couru en moto : de la 250 Aermacchi à la 650 Norton , il a
enfourché un paquet de deux roues avant de passer à l'auto . Formule 3 puis Formule 2 , son passage
à l'auto a laissé des traces même s'il fut bref , de 1964 à 1969 . Eric pilota des Matra d'usine ,
fit partie du team Lotus , mais connut d'énormes difficultés avec l'écurie Pygmée qui l'amenèrent à
délaisser l'auto . Assez mal accueilli dans le milieu moto lors de son retour en 1970 au sein de
l'écurie Kawasaki-Baranne , il se mit aussitôt à adapter ses idées à la course : adoption de freins
à disque en 1970 , construction de son premier chassis monocoque en 1971 , construction de roue en
alliage , de son 500 bicylindre à base de Kawasaki en 1972 ; puis du cadre poutre en aluminium coulé
conduit par Palomo en 1974 , et enfin mise en moto de son enfant chérie cette moto cent pour cent
Française dont il rêvait depuis longtemps . Grand baratineur et assez cabotin , Eric Offenstadt a
toujours dit ce qu'il pensait et de ce fait ne s'est pas toujours attiré que des sympaties . Mais
force est de reconnaitre son principale mérite : il n'a jamais baissé les bras et a remué ciel et
terre depuis presque dix ans pour pouvoir enfin réaliser ses ambitions .
" A mon avis Eric va trop vite et trop loin ce qui l'amène parfois à oublier des points importants .
Une moto doit être simple . En 1973 la Norton était trop complexe et c'est ce qui lui a causé du
tort . En plus , un système compliqué a de grande chance d'être lourd . Je pense cependant qu'Eric
Offenstadt a des idées merveilleuses ; son problème est un problème d'argent . Les gens qui
l'emploient ne lui font pas confiance ou ne veulent pas de ses inventions . ( avis donné avant
l'engagement de But ) . On reproche à Eric de faire des erreurs : c'est stupide . D'abord parce
qu'un chercheur en commet toujours , ensuite parce qu'il sait tirer les leçons de ses erreurs . Les
gens qui ne cherchent rien ricanent lorsque quelqu'un trouve dix trucs et ne parvient à en utiliser
qu'un seul . C'est déjà extraordinaire de mettre au point une invention sur dix ! Pour revenir à
Eric , j'ai toujours été d'accord avec ce qu'il fait . Sa fourche est un peu compliquée ; c'est un
problème . Je pense qu'avec l'aide des gens de De Carbon Eric arrivera à de bons résultats . Pour le
reste , j'estime que les roues , cadres et autres produits crées par Offenstadt sont excellents " .
" J'ai connu Eric Offenstadt chez Matra en 1965 juste avant qu'il ne quitte la maison . Eric a
toujours été un gars original . A l'époque il avait déjà des idées mais pas encore de base
technologique . La trace qu'il a laissé chez Matra c'est qu'il a toujours essayé de faire ce que
les autres n'avaient pas fait . En fait , on a besoin de types comme Offenstadt . Je prendrais un
autre exemple : Lorsqu'un Bertin invente l'aérotrain et qu'il disparait sans avoir pu le réaliser
parce qu'il s'est fait contrer de toutes parts , c'est dommage . Il en va de même pour Offenstadt :
il lui faut souhaiter de toujours trouver de quoi réaliser ses inventions . En fait , c'est un
pur : il cherche toujours à inventer et à faire de la mécanique alors que Matra , à l'époque ou il
courait pour nous , n'avait d'autres ambitions que de gagner . Donc on exploitant des solutions
connues et en se moquant de la recherche pure . Personnellement je fais de la moto , donc je
continue à suivre ce qu'il se passe . En ce qui concerne la suspension d'Eric , je ne puis dire
qu'une chose : si vraiment il a réussi à corriger les problèmes de plongée à 100 % ; il risque de
connaître des problèmes de broutage des roues que nous avont connu en automobile . En guise de
conclusion , je redis qu'on a besoin de gars comme lui en précisant que ce sont toujours ces
types là qui prennent des gadins techniques tandis que d'autres tirent tranquillement les marrons du feu ".
" Nous travaillons depuis plusieurs années avec Eric Offenstadt ; c'est un plaisir car il discute ,
écoute et comprend vite . Pour moi c'est un Colin Chapman à ses débuts . Offenstadt est un technicien
de valeur capable de critiquer ses réalisations . Nous avons d'abord travaillé sur sa fourche
téléscopique qu'il a abandonnée au profit du nouveau système . Cette suspension est d'avant garde ,
et je pense que les jours de la suspension téléscopique sont comptés . J'ignore si l'idée d'Eric est
la solution idéale mais en tout cas c'est l'une des solutions de rechange possibles . On a besoin
d'Offenstadt et de ses semblables pour progresser ; certaines de ses idées disparaissent , d'autres
sont retenues ..."
" Mon objectif de longue date , dit Eric Offenstadt , était de pouvoir construire une moto Française ,
car j'estime que notre technologie n'a rien à envier à celles des autres pays . Mais l'industrie
Française manque d'initiative . Ce que je trouve phénoménal avec la HO de 1977 et aujourd'hui , la
moto But , c'est que nous avons réussi à déclencher un consensus industriel et technologique de gens
qui ont envie de collaborer à la réalisation de cette moto entièrement Française . L'aide qu'ils
nous apportent peut être financière c'est le cas de But , au premier plan , mais aussi de Total et
de Gurtner . Mais cette aide peut aussi consister en une assistance technique gratuite : De Carbon
pour les amortisseurs , Codary et Dubru pour les fonderies aluminium , Michelin pour les pneus ,
Souriau pour le matériel de diagnostic , Veglia pour l'appareillage électrique , Bottelin Dumoulin
pour les carénages et Relais Moto 94 pour la finition des motos ont répondu à l'appel que nous
avions lancé dans les médias . Et puis d'autres firmes encore ont tout fait pour nous aider ,
Pechiney-Cegedur pour le cadre , Aubry et Guérin pour les pièces en magnésium , Creusot-Loire pour
la fourniture de l'acier , Fima pour la fonderie des cylindres , SKF pour les roulements , S.A.
Leguellec pour les pièces du vilebrequin , Marchal pour les bougies et Larher pour les moules de
fonderie , chacune a apporté un peu pour contribuer à la réalisation des motos .
Même hors du cadre étroit des techniques de fabrication les aides désintéressées ont joué : Air
France transportera les motos au Vénézuela , tandis qu'un grand nombre de revue a passé notre
annonce publicitaire cogitée par l'agence LBA . Si je tiens à citer tous ces gens là , c'est à la
fois pour les remercier mais aussi pour montrer qu'en France on peut réaliser de grandes choses pour
peu qu'on le veuille bien . En effet , le but à long terme des grands magasins But reste la relance
d'une industrie motocycliste en France qui ne se confinerait pas aux petites cylindrées . A partir
du moment où l'on est capable de construire des grosses motos dans ce pays , il est aberrant de
laisser les Japonais détenir quatre vingt pour cent du marché . Il est d'autant plus nécessaire de
limiter cette domination que la crise n'arrange rien . " Voilà ce qu'il en dit , notre Pépé National ,
enfourchant sa moto de Grand Prix tel Don Quichotte pour pourfendre l'adversaire Japonais . En tout
cas , quels que soient les résultats obtenus par sa moto , Eric aura eu le mérite de se battre tout
seul pour réaliser ses projets dont l'intérêt n'échappe à personne depuis quelques mois . Dans la
rubrique les titres auxquels vous avez échappé - Offenstadt court au but et Offenstatd sort sa petite but - ,
histoire de détendre l'atmosphère après cet appel historique du 18 joints ( de carter , d'embase , de culasse et autres ...)