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Le carénage |
Rouler avec un carénage - C'est la manière moderne
Assis ou à demi-couché , votre choix de positions de conduite s'arrete à deux . Le reste ne sont
que des variantes sur ces thèmes . Le confort ou le style semblent être les seuls choix ? mais celui
que vous utiliserez sera peut-être déterminé par un autre facteur , car aucune solution ne satisfait
vraiment le pilote . La mode peut aussi être incriminée sous cette considération . Il n'y a pas
longtemps , les jeunes fanas des autoroutes conduisaient comme des grenouilles , à plat ventre ,
les pieds perchés à l'arrière de la moto et les bras en avant , les poignet vrillés à angles droits ,
le corps avachi sans grace vers l'axe de roue avant . Plus tard ils l'ont nommé " style café racer " .
Il avait l'avantage d'être à la mode mais il manquait toujours autant de méthode : car la meilleure
alternative n'avait pas encore fait son apparition . Il est un fait évident et irritant : au fur et
à mesure que croit la vitesse d'une moto , le confort du pilote diminue . Et c'est vrai pour la plus
douce , la plus maniable des motos du monde comme pour les " tape-culs " perdant l'huile d'autrefois .
Cela n'a rien à voir avec la complexité technique : on appele ça la résistance du vent et c'est
vraiment un poids . Cela peut être pire et ça l'est : parce que parfois il fait froid et que parfois
il pleut . Alors le flot d'air vous glace et l'eau vous transperce et lorsque la vitesse augmente ,
l'inconfort augmente encore plus vite et la conduite d'une moto tend au masochisme . Seuls les fous
apprécient ce type de motocyclisme . Ce qui nous pousse nous à continuer , c'est l'espoir ( on ne
souffre pas tout le temps et l'on sait que le refuge est au bout de la route ) . C'est là que le
style café-racer trouve un minimum de sens , en serrant le réservoir des coudes et des genoux plus
fort qu'une boite ses sardines , on laisse un relief minimum qui vaut l'effort imposé . On est à
l'abri du vent presque à l'abri du froid un peu à l'abri de l'eau pas tout à fait . Ce n'est pas bon
de toutes façons . Pas bon d'être attaqué par le vent et pas bon d'être coincé sur sa moto comme le
poulet sur sa broche . Mais il y avait encore autre chose qui n'allait pas . Une chose nommée
carénage . Il n'y a rien de neuf en matière de carénages . Ils sont là depuis des années , bien
avant l'arrivée des café-racers . Mais ils n'ont jamais été très efficaces . Autrefois , personne
avec 150 d'octane dans le sang ne voulait d'un carénage . Il tenait chaud , au sec , mais il vibrait ,
il genait et surtout il avait l'air mastoc , encombrant . Il avait l'air pas sportif du tout , et il
l'était . Ce que l'on veut dire par " pas sportif du tout " , ce n'est pas péjoratif . En fait on
achetait une moto parce que l'on aimait la moto . On pouvait vouloir aller vite ou non . Mais si on
voulait s'ennuyer on n'avait qu'à prendre le bus . Les carénages des années soixante et même
soixante-dix étaient des horreurs . Ils dénaturaient le sport et par dessus tout n'étaient guère
efficaces . En plus des vibrations , de la gêne et des problèmes de montage , ils donnaient
seulement une protection partielle . Des vents latéraux , des petits tourbillons vicieux amenaient
les piques cruelles d'un vent glacé sur le dos et dans les reins . Rien à faire en changeant de
position . C'était drôle jusqu'à ce que ça fasse mal . Personne n'avait entendu parler
d'aérodynamique . Un tunnel de soufflerie n'était qu'une attraction de fête foraine . Les carénages
ont beaucoup évolué . Dans les dernières années ils ont su séduire , parfois même à outrance , les
amateurs de moto pour leur style et même leur agrément . Les carénages ont pris un air sport , c'est sûr .
Demi-carénages , têtes de fourches , carénages de course , carénage intégraux et certains d'entre eux
fonctionnent . Particulièrement en se couchant derrière la bulle , comme au bon vieux temps . Mais
il faut un moment pour se faire à l'idée que l'on peut être confortablement assis sur une moto
derrière un carénage conçu pour cela . Est-ce que j'exagère ? Peut-être un peu . Mais le résultat
obtenu par Yamaha mérite un peu d'entousiasme . Une grosse moto rapide a été montée d'origirie avec
un carénage qui fournit une protection totale tout en ménageant la passion et sans altérer les
performances . La XS llOO a été conçue pour être à la pointe de la moto et le carénage de John
Mockett conçu pour s'adapter à cette limite , afin de poursuivre l'expérience . Celui qui se figure
à première vue que ce carénage va oter de l'intérèt à la XS llOO se trompe lourdement . Ce qui
enlève du plaisir à la conduite d'une moto , ce qui pourrait rabaisser la XS llOO au rang d'une
vulgaire moto , c'est la résistance du vent , la pluie , le froid et une petite douleur au bas du
dos . Essayez tout cela au moins une fois , à 210 kilomètres/heure . Je n'ai jamais trouvé de
similitudes entre une moto et un avion , jusqu'à ce que je conduise la XS intégralement carénée .
Le carénage augmente le bruit de moteur , dit-on . C'est vrai pour la XS . Sauf que ce bruit de
moteur n'est rien de plus qu'un murmure de la transmission , l'échappement laisse échapper sa note
quelque part en arrière . Mais ce murmure est celui d'un jet prêt à décoller . Et voler est la
bonne image . La nuit , les gros cadrans carrés se reflètent dans la bulle , le vent passe au
dessus , le murmure devient sifflement . Quand le traffic s'éclaircit et que votre tour de controle
dit " go " vous libérez la puissance . Elle arrive doucement . Ce n'est pas un avion . Mais c'est
le véhicule qui accélère le plus sur la route , et il fait croire que c'est un avion . La
concentration et l'expérience requises rappellent sans arrêt qu'il s'agit d'une moto puissante ,
une qui demande beaucoup de qualités au sens de responsabilité du pilote . Pas seulement pour
ralentir . Arriver en fin d'autoroute ressemble étrangement à préparer son atterrissage . Le
murmure de la transmission se modifie , vous controlez les instruments avec soin . Etre assis
derrière ce carénage a modifié votre perception de la vitesse . Vous ne tenez pas compte du vent ,
il ne vous touche pas . La moto elle même est si stable que sans le défilement du paysage vous vous
croiriez n'importe où mais pas à cent soixante kilomètres à l'heure . Vous apprenez à traiter avec
respect la XS 1100 pour être sur de savoir à quelle vitesse elle va et surtout si des virages
inattendus surviennent . Vous penchez la XS dans les courbes , vous ne la balancez pas , et vous
vérifiez une fois de plus vos instruments . Pas de résistance du vent . Pas de retour du mauvais
temps . Cet avion demande beaucoup d'attention . N'allez pas croire cependant que tout ce confort
isole le pilote des joies et de l'esprit de la moto . Au contraire , cela lui permet de les gouter à
plein . Pas d'erreur , vous êtes sur une moto . Même la poussée du vent vous le rappelle , mais elle
est au dessus de vous , pas sur vous . C'est facile à imaginer : comme une voiture de sport au toit
enlevé ( avec moins de remous ) ou un salon aux vitres ouvertes . Le carénage apporte la liberté .
La liberté d'apprécier la moto , et aussi , par extension , la délivrance de certaines engeances du
motocyclisme . L'habillement par exemple . Vous avez toujours besoin d'un équipement mais il peut
être plus léger quel que soit le temps . En fait la délivrance la plus efficace peut-être est celle
de la position couchée , grace à ce carénage . Assis confortablement , vous êtes prêt à fixer votre
attention sur ce qui vous interresse , avec la moto la plus rapide qui soit . Mais vous penserez à
la moto , bien sur , car les pilotes de XS 1100 sont sensibles , ils ont à vivre avec une machine si
puissante en dépit de ses bonnes manières , et vous ressentirez une impression fantastique : personne ,
en position couchée ou non , ne peut vous distancer . On se sent un peu le " Roi de la Route " . La
XS 11OO commande avec style . Bien sur , on se croit un peu sur un avion . Mais en surveillant le
monde de ce monstre serein , de cette puissante base olympienne , on se croit un peu sur un trône volant .
Informations tirées de Yamaha Circuit . Texte : Barry Coleman