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Ducati 500 Super Mono |
Le Mono usine à gaz
Notre collaborateur Alan Cathcart a eu la primeur de l'essai du Supermono Ducati d'usine lors d'une
manche du championnat SoS Italien disputé à Monza . Le cadre idéal pour mettre en évidence les
qualités de cette machine exceptionnelle . Stéfane Chambon le démontre en SoS : la Ducati Supermono
est une moto bien née . Très bien née , même , d'après notre collaborateur Alan Cathcart , l'un des
premiers à s'imposer au guidon du dernier petit bijou de Bologne . Massimo Bordi me l'avait promis
il y a trois ans , en me montrant les premières ébauches de ce qui allait devenir la Ducati
Supermono : " Je vais concevoir un mono comme il l'en a jamais existé auparavant . Ce sera le premier
de conception réellement moderne . Ses performances sur circuits ne seront en rien freinées par des
origines trail , comme c'est le cas de tous les monos actuels . Tu verras , tu seras le premier à l'essayer ..."
Deux fois plus de cylindres
Les deux épreuves de SoS ( la bataille des mono , pour ceux qui reviennent d'un stage de trois ans
en Mongolie du Sud ) les plus importantes sont Assen et Monza . Or , Bordi étant homme de parole ,
c'est sur le circuit Italien que je me suis retrouvé en avril dernier au guidon de la première
Super-mono de série ( numéro de châssis 000002 ) . Et il ne m'a fallu qu'une séance d'essai pour
comprendre que Bordi ne s'était pas surestimé . Dès mon septième tour , j'avais battu le record du
tour du championat Italien de SoS de presque une seconde ... et au guidon du prototype , le pilote
d'usine Mauro Lucchiari a amélioré ce record de près de deux secondes ! Pour qu'un pilote de mes
capacités , somme toute assez moyennes , puisse aller aussi vite dès ses premiers tours de roues sur
cette moto , il faut vraiment que Hordi ait bien travaillé . La Ducati Supermono est aux SoS ce que
la Ducati 888 est aux Superbikes , une moto qui se comporte comme si elle avait deux fois plus de
cylindres . C'est l'impression que l'on a à son guidon . Le système d'équilibrage à bielle articulée
de Hordi est aussi novateur qu'efficace . Même au-delà des 10000 tr/mn , on ne ressent aucune
vibration incongrue , ce qui permet au mono desmodromique de 549 cm3 de rester fiable . Contrairement
aux autres monos de course , qui perdent tous leurs moyens et vibrent autant qu'un octogénaire dans
une voiture de rallye au-delà de 8000 tr/mn , la Supermono affiche sa zone rouge à 11000 tours mais
ne rechigne en aucun cas à aller plus loin . A Monza , il nous en a fallu du temps pour trouver une
boîte aux rapports assez longs pour ne pas trop dépasser la zone rouge . Mais une fois le bon
compromis trouvé , c'est de plus de deux secondes que j'ai pu battre le record du tour !
L'harmonie et l'efficacité de l'ensemble
Ce n'est cependant pas que grâce à son moteur que la Supermono permet d'aller si vite . Ce n'est pas
la plus rapide en ligne droite et il paraît évident qu'elle ne va pas jouir en SoS de la même
suprématie que la 888 s'est octroyée en Pro-Twin . Le niveau technique en SoS ne fait que s'améliorer
en permanence , avec la Super-mono mais aussi avec les Byrd-Yamaha , Rumi 701 et autres Bimota-Gilera
GB1 . Là où la Supermono brille réellement , c'est dans l'harmonie et l'efficacité de son ensemble .
Avec 75 chevaux en sortie de boîte à 10000 tr/mn et 123,5 kg sans essence , son rapport poids/puissance
n'a rien d'épatant . Mais l'excellence du moteur , couplée à l'injection , permet d'obtenir une moto
très utilisable dès 4 000 tours . Du moins avec le pot d'usine à double sortie que nous avions à
Monza . Car les motos de série , comme celle que j'ai reçu par la suite , sont équipées d'un pot
simple sortie très silencieux , mais qui les rend très creuses entre 5500 et 7500 tours . La puissance
maxi reste la même , mais à Hengelo , pour la première manche du championnat SoS Hollandais , il me
fallait avoir recours à l'embrayage pour m'extraire des trois virages lents de la piste . Alors que
la Supermono était au-dessus de toute critique à Monza , en Hollande , elle devenait assez éprouvante
à conduire vite . J'ose même affirmer que ceux qui n'ont pas mon habitude des motos de GP auraient
carrément du mal à s'y faire . Sa plage d'utilisation de 3500 tours oblige à maintenir l'aiguille
proche de la zone rouge et à solliciter très souvent la boîte au fonctionnement par ailleurs très
doux . Le pilote n'est pas aidé non plus en sortie de virage lent , où la faible cylindrée de la
Super-mono permet à la concurrence , qui jouit de près de 50% de cm3 en plus , d'être devant à chaque
fois . Heureusement qu'il y a ce délicieux châssis . Certains ( dont moi ) se sont permis de
questionner l'utilisation du cylindre avant ( horizontal ) de la 888 plutôt que du cylindre arrière
( vertical ) . Pourtant , à 1360 mm , l'empattement de la Supermono est équivalent à celui d'une 250
de GP et , grâce au cylindre horizontal , le centre de gravité est très bas . Cela lui confère une
tenue de route d'une incroyable efficacité . Même les bons pilotes vous ralentissent dans les
chicanes , où l'Italienne excelle tout particulièrement ! Et paradoxalement , la stabilité dans les
grandes courbes est irréprochable . L'équilibre de la suspension Ohlins y est pour beaucoup , mais
la finesse de l'amortisseur arrière y participe également .
Pas de biellettes pour le Cantilever mais la hauteur de selle est modifiable grâce à un excentrique .
" Nous voulions une moto aussi légère que possible , et des biellettes l'auraient alourdi , explique
l'ingénieur Ducati Claudio Domenicali . Mais nous avons quand même opté pour les Ohlins inversées de
gros diamètre , 42 mm , pour garantir la qualité de la suspension et éviter les problèmes aux freinages .
Malgré cela , il arrive que la roue avant touche la culasse de 888 modifiée que nous utilisons pour
l'instant . Mais la prochaine série de Supermono sera équipée d'une culasse plus courte pour y
remédier ". Compte-tenu du freinage absolument démoniaque de la Supermono , on comprend qu'il puisse
y avoir problème . Poids plume , bon frein moteur du bloc desmodromique et l'impression de facilité
générale , il y a là de quoi se prendre pour un Schwantz ou autre super freineur !
Fiche technique
Moteur
Monocylindre 4 T, 1 balancier d'équilibrage constitué par la bielle du second cylindre non utilisé , refroidi par eau
Distribution double ACT entraîné par courroie
Alésage x course 100 mm x 70 mm
Cylindrée 549 cm3
Taux de compression 11,8 à 1
Puissance maxi 75 ch à 10000 tr/mn en sortie de boîte
Alimentation et allumage injection et allumage électroniques . Weber/Marelli , deux injecteurs
Embrayage multidisque à sec
Boîte de vitesses à 6 rapports
Cadre treillis tubulaire en acier haute résistence référencé ALS 500
Angle de colonne/chasse 23,5° / 92 mm
Suspension avant fourche inversée Ohlins de diamètre 42 mm
Suspension arrière bras oscillant en alu , mono-amortisseur Ohlins , réglable en débattement par excentrique
Frein avant 2 disques flottants Brembo de diamètre 280 mm , étriers 4 pistons
Frein arrière 1 disque Brembo de diamètre 190 mm , étrier 2 pistons
Roue Marchesini 17" , largeur de 3"50 à l'avant et de 5" à l'arrière
Pneus Michelin radial 120/60/17 à l'avant et de 150/60/17 à l'arrière
Empattement : 1360 mm
Poids et répartition
123 kg sans essence mais avec les plein d'eau et d'huile . AV/AR : 54,5% / 45,5%
Vitesse maxi 235 km/h mesurés à Monza
Informations tirées de Moto Journal N° 1087 du 19 mai 1993 .
Par Alan Carhtcart . Adaptation EM , SVG et LC . Photos Phil Marshmallow