Honda RCB . Kawasaki Performance . |
La mise sur pied d'un tel essai , alors que la saison sportive bat son plein , n'est pas une
mince affaire . Il faut d'abord convaincre et ensuite savoir se montrer digne de la confiance
qu'on a su vous accorder . Erreur interdite ; une faute , si minime soit-elle , peut
compromettre l'avenir de toute une équipe . Voilà qui pousse à la prudence et fait naître
au creux de la gorge un trac intense lorsqu'il s'agit d'enfourcher l'un de ces fabuleux engins
et de partir seul . D'un coup les images superbes d'un Léon , d'un Pons ou d'un Huguet volant
de virage en virage avec tant d'aisance s'estompent pour laisser place à un énorme poids
sur l'estomac . Il ne reste plus que la pensée inquiète pour ces 130 chevaux qui trépignent
d'impatience sous l'énorme pneu arrière et pourraient se révéler indomptables pour
le néophyte que je suis .
que je prenne la piste au guidon de la Kawasaki Performance , Serge Rosset , le boss de l'équipe ,
me renouvelle ses recommandations : " Interdit de tomber ! Le moteur je m'en fiche , tu peux le casser , mais je t'en prie , ne vas
pas me plier la moto ! ". Le pauvre Serge , il est encore plus inquiet que moi . Il faut
reconnaître que ce n'est pas sans raison ; pendant toute la semaine son équipe a travaillé jour
et nuit à la reconstruction de la moto après la chute de Moineau au Nürburg en Allemagne . Et
dans dix jours ce sont les 24 heures de Spa . Pour vous dire que je quitte l'aire des stands du
circuit Paul Ricard avec le coeur en plein dans la zone rouge . Nouveau surrégime cardiaque
quand il faudra partir à l'assaut d'un circuit Bugatti , transformé en patinoire par une pluie
fine , aux commandes de la Honda RCB . J'essaie de me réconforter en pensant que c'est un ancien
modèle qui a priori ne doit plus être utilisé d'ici la fin de saison , mais c'est sans résultat .
Christian Léon , qui s'est vu attribuer pour l'occasion le rôle de responsable de l'assistance
aux stands , a remplacé les roues montées en slicks par d'autres , équipées de pneus pluie , puis
m'a prodigué quelques précieux conseils avant de me laisser voler de mes propres ailes . Une
semaine plus tard , toujours au Bugatti mais sous le soleil cette fois , Marc Mothré
( le photographe ) et moi nous " dépatouillerons " tout seuls avec la Yamaha sous les regards
intrigués de Kenny Roberts , Kel Carruthers et plusieurs mécanos Japonais étonnés de voir une
750 aux couleurs de Sonauto-Gauloises en des mains visiblement peu expertes .
Et c'est parti ; lentement , avec une prudence extrême . Le tout premier contact réserve un
certain étonnement . Les 130 chevaux qui m'inquiétaient tant se montrent d'emblée d'une
incroyable docilité . Voilà qui me soulage d'une bonne partie de mon angoisse . Finalement ces
moteurs se comportent presqu'aussi gentiment que des mécaniques de série . Très souples , ils
reprennent dès les bas régimes sans aucune brutalité ; la puissance énorme arrive progressivement
même si l'on note sur la Honda et la Kawasaki un changement dans le comportement du moteur qui
devient plus méchant vers 8000 tr/mn , ce qui correspond au régime de couple maxi . Le 4 cylindres
de la Yamaha est un peu plus agressif ; lorsque l'on arrive vraiment " dans les tours " la
machine se met à tirer violemment sur les bras , et ne demande qu'à se cabrer sur la roue
arrière . Il est évident qu'il vaut mieux se méfier à la remise des gaz en sortie de virage ,
surtout si l'on pilote comme il convient , en prenant soin de rester dans la plage d'utilisation
idéale . Sur le plan de la mécanique , la Honda est certainement la plus facile à utiliser . La
souplesse du moteur est sidérante , proche de celle d'un 4 cylindres de route bien réglé .
Aucun à-coup , aucune brutalité n'est perceptible . Les sensations perdent de leur intensité et
la notion de vitesse ou d'accélération est bizarrement atténuée . Ce ne sont là que des
impressions bien sûr , car en vérité la RCB pousse bigrement fort . La Kawa est un peu plus
brutale , surtout lors des reprises à très bas régime . Un défaut imputable aux carburateurs
classiques très nettement inférieurs aux carbus à dépression qui équipent les Honda RCB . A cause
de celà , les sorties d'épingles ou de virages lents , réclament une plus grande attention . En
effet il y a un petit temps mort entre la rotation de la poignée de gaz et la réponse du moteur .
Ça ne dure qu'une fraction de seconde , mais c'est suffisant pour provoquer une petite perte
d'équilibre . Les pilotes habitués à la machine ne font plus attention à ce défaut , mais il ne
faut jamais se départir d'une certaine vigilance et sur une course de 24 heures les moments
d'inattention dûs à la fatigue sont fréquents . A part ce défaut , le moteur de la Kawa soutient
la comparaison avec la Honda . La puissance est comparable , la valeur de couple également , les
performances proches . Quant à leur fiabilité elle est absolument extraordinaire . Ces gros 4
cylindres sont capables de tourner pendant 24 heures entre 9 et 10000 tr/mn sans connaître le
moindre incident . De plus ils affichent un tout petit appétit en consommant à peine plus de
10 litres/100 km dans une épreuve comme le Bol d'Or .
La Kawa boucle ses tours de circuit à un rythme échevelé . Christian ( Huguet ) et Hervé ( Moineau )
s'offrent d'impressionnantes séries de tours en 2' 12" / 2' 13" , des temps extremement rapides pour
une machine d'endurance . Ils s'arrêtent régulièrement pour changer de pneus à l'invitation du
responsable Michelin qui enregistre scrupuleusement tous les commentaires des pilotes et analyse
l'état des gommes après ces kilomètres avalés à toute allure . Serge Rosset , team manager de
l'équipe , profite du parfait déroulement de ces essais pour se reposer dans la fraîcheur des
stands . " On a travaillé jour et nuit pendant toute la semaine ; après la chute d'Hervé au Ring
notre machine était complètement détruite . Il a fallu refaire un cadre en toute hâte car nous
n'en n'avions pas d'avance et remonter une machine neuve ; mais ça a l'air d'aller . Le moteur qui
tourne aujourd'hui a une cinquantaine d'heures dans les bielles . On aimerait bien qu'il casse
pour pouvoir analyser ses faiblesses mais il n'a pas l'air de vouloir . C'est incroyable ! pourtant
ils ne sont pas tendres avec lui ".
Rosset avait joué son va-tout . Il s'en remettait désormais à la décision des Japonais . Lui il
avait fait le maximum . Alors que Godier et Genoud , trop accaparés par leur magasin ,
manifestaient de moins en moins d'intéret pour la compétition , lui était prêt à continuer .
Encore fallait-il qu'on lui donne les moyens de poursuivre l'histoire des Kawa dans les courses
d'endurance . Quinze jours après son entrevue , les responsables Japonais donnent leur réponse .
" Ils acceptaient de m'aider , de se pencher sur les problèmes que je rencontrerai et que je ne
pourrai résoudre moi-même . Il restait à définir le budget de l'écurie ; il a fallu que la SIDEMM
( importateur Kawa pour la France ) par l'intermédiaire de M. Maugendre me fasse confiance et
relève le défi ". Leur accord donné , les Japonais se mettent aussitôt au travail les pièces
spéciales réclamées arrivent trois semaines avant les 24 heures du Mans . " Depuis on est en
contact permanent , ils s'intéressent à ce que nous faisons . Toutefois notre machine n'est pas
une moto d'usine . Rien à voir avec une Honda RCB , conçue à la base comme une machine de course .
La nôtre ne fait que profiter des derniers perfectionnements apportés aux modèles de série de la marque ".
La nuit est tombée ; l'équipe au complet s'est retrouvée dans un restaurant des Lecques , un
petit port où l'on profite des derniers jours de calme avant l'arrivée des vacanciers . Huguet
et Moineau sont contents . Ils ont " pété " des temps impressionnants en dépit de la chaleur ,
Hervé ayant réussi un superbe 2'10"8 qui en dit long sur les possibilités de la machine . Tous
deux parlent avec admiration et tendresse de cette moto qu'ils voient volontiers " taxer " les
Honda . Les mécanos sont plus silencieux . La fatigue a pris le dessus maintenant qu'ils savent
que leurs nuits blanches n'auront pas été inutiles . Gilbert Michoud , le technicien de la bande ,
sort de son habituelle réserve ; le sourire aux lèvres il admet son admiration pour ce moteur
" qu'ils n'ont pas réussi à casser ". La Kawa Performance c'est Sa moto pour une bonne part .
Gilbert , c'est une bénédiction pour une écurie de course : ingénieur de formation il passe
allègrement de la planche à dessin au tour ou à la fraiseuse réalisant lui-meme bon nombre de
pièces moteur ou de partie-cycle qui équipent la machine . Après avoir travaillé pendant deux
saisons dans l'équipe Godier-Genoud il rejoint Michel Frutschi en 78 et découvre l'univers des
Grands Prix , puis revient à l'endurance aux côtés de Serge Rosset . " Pour un technicien ,
l'endurance est plus satisfaisante que la vitesse . Tu as plus de possibilités d'appliquer tes
propres idées , de modifier à ton goût alors qu'en vitesse ta latitude de travail est plus
réduite ". Lorsqu'il parle de la Kawa , Gilbert le fait sans fierté , modestement . A peine sent-on
poindre la satisfaction d'avoir fait du bon travail . " Au niveau du cadre , nous avons retenu
cette géométrie parce que nous devions faire vite et qu'il était interdit de se tromper . La moto
a été mise en chantier mi-mars et devait être prête mi-avril . Nous nous sommes contentés de ce
dont nous étions sûrs a priori , certains que nous n'aurions aucun souci de ce côté , que la mise
au point serait rapidement achevée ". De fait la Kawa Performance ne fait appel à aucune solution
compliquée ; la simplicité a prévalu lors de sa conception , mais le soin apporté à la réalisation
de l'ensemble se note dans les moindres détails . Cette machine transpire le souci du travail bien
fait et la passion de la belle mécanique .
" Si j'avais disposé de plus de temps , il est probable que je n'aurais pas conçu la moto de cette
façon . Elle aurait été plus originale " avoue Gilbert . Mais le choix ( forcé ) de la simplicité
s'est immédiatement avéré payant puisque dès ses premiers tours de roue la Kawa se montre dans le
coup . Et aux 24 heures du Mans elle se maintient dans le peloton de tête avant d'être ralentie
par des problèmes de fuite d'huile au bas moteur puis contrainte à l'abandon à la suite de la
détérioration des pistons . " Nous avons connu des phénomènes de détonation en grande partie à
cause de la mauvaise qualité de l'essence incompatible avec les taux de compression élevés . Pour
y remédier on a monté une seconde bougie sur chaque cylindre . Grâce à cette seconde bougie les
gaz , qui auparavant brûlaient spontanément par auto-allumage , explosent normalement , au moment
voulu . Et depuis que la modification a été effectuée nous n'avons jamais connu le moindre souci .
Ici au Ricard nous avons enregistré une légère surchauffe du moteur dûe au fait que nous utilisons
un bloc cylindre de série , sous-aileté pour l'usage que nous en faisons . Malgré tout ce moteur
se montre d'une fiabilité étonnante ".
Lorsque l'on connaît les relations permanentes qui existent entre Performance et l'usine , on peut
se demander si d'autres pièces n'arriveront pas du Japon pour le Bol d'Or . Là Rosset répond
immédiatement : " Nous allons jouer la sécurité avec se moteur déjà très compétitif et dont nous
avons pu éprouver la fiabilité . Le Bol constitue notre objectif de la saison et nous ne ferons
rien qui puisse nous causer des problèmes inattendus . Nous n'attendons pas de nouvelles pièces
avant que le règlement du championnat du Monde d'endurance 1980 ait été défini . De même nous
n'essayerons pas de tirer parti du fait que le Bol 79 est " hors championnat " pour présenter
une moto suralésée à plus de 1000 cm3 . Nous nous bornerons à présenter les motos que nous
connaissons et dont nous sommes sûrs ." Mais Gilbert ne cache pas son désir de voir l'usine
poursuivre sa collaboration et , pourquoi pas , l'intensifier . " Pour l'instant nous disposons
d'une puissance équivalente à celle d'une Yamaha OW 31 avec un poids supérieur de 30 kilos . Il
nous faudrait des carters extérieurs en magnésium et aussi de nouveaux carburateurs , comparables
à ceux des Honda RCB . Car avec leurs carbus à dépression les Honda sont beaucoup plus facilement
utilisables à bas régime , et par conséquent moins fatigantes à piloter ".
Lorsqu'au début de la saison 76 Honda lève le voile sur la première Honda RCB , le petit monde
de l'endurance comprend qu'une page de l'histoire est tournée . Depuis son renouveau cette
discipline avait été le domaine réservé des petits artisans qui , en partant de mécaniques de
série , parvenaient à développer de belles machines à la fois puissantes et fiables mais somme
toute techniquement assez simples . A l'époque la base de travail préférée de ces préparateurs
était le 900 Kawasaki , un bon moteur se prêtant bien à une préparation pour les épreuves de
longue haleine . Mais avec l'arrivée de la Honda RCB , conçue à la base comme une véritable
machine de compétition , avec un budget et une structure technique que seule une usine pouvait
s'offrir , l'ère des " bricoleurs de génie " arrivait à sa fin . La confirmation ne tardait pas
à venir : dès leurs premières sorties les Honda exerçaient sur l'endurance une domination qui
dure encore , près de quatre ans plus tard .
Alors que leurs machines n'ont jamais été menacées de toute la saison 77 , enlevant régulièrement
toutes les épreuves avec une évidente facilité , Honda sort début 78 une toute nouvelle machine
qui au niveau mécanique change radicalement de la version 77 . Si les côtes moteur restent
identiques ( 70 x 64,8 ) les carters sont totalement différents . Ce qu'on ne savait pas à
l'époque mais qu'on apprendra quelques mois plus tard , c'est que cette RCB version 78 préfigure
les nouveaux modèles de série de la marque , les 750 et 900 double arbre 4 soupapes . Le programme
RCB et les sommes engagées pour le mener à bien trouvent leur justification : les machines
d'endurance avaient servi à tester les conceptions techniques appliquées au futurs modèles de
route . Et en y regardant de près , le moteur de la RCB 78 a perdu de son aspect " usine "; il
fait plus civilisé avec son alternateur placé en bout de vilebrequin et son démarreur électrique .
Pour ne pas perdre en garde au sol malgré ce bas-moteur plus large , le moteur a dû être rehaussé
de quelques centimètres dans le cadre et basculé sur l'avant . La mécanique a subi d'autres
modifications de détail ce qui a permis de porter la puissance à 130 ch pour un poids total en
ordre de marche ( mais sans essence ) identique à celui du modèle 77 , 177 kg .
Le modèle 79 est très proche du précédent . La principale innovation concerne l'adoption de
l'injection pour certaines épreuves ( Nürburgring et Barcelone ). La partie-cycle a été légèrement
remaniée , angle de chasse diminué et empattement raccourci , alors que le moteur gagne encore
quelques 5 ch ce qui porte la puissance maxi à 135 ch à 10000 tr/mn . Inquiétée au Ring puis
battue à Assen par la Kawasaki-Performance , la Honda n'a pas affiché la même domination que
les années passées . Malgré tout elle demeure une magnifique machine d'endurance s'avérant d'une
redoutable efficacité aux mains de pilotes de premier plan et encadrée par une équipe technique
rodée par 4 saisons d'épreuvede ce genre .
En prévision d'un Bol d'Or rendu difficile par la présence des Kawa Performance et des Yamaha
de l'importateur Français , il y a fort à parier que les ingénieurs Japonais ont concocté
quelques modifications visant à augmenter encore un peu plus son potentiel . Jean-Louis Guillou ,
responsable du team Honda endurance , ne cache pas que l'usine a beaucoup travaillé sur les RCB .
Le Bol d'Or ne comptant cette année pour aucun championnat , la limite de cylindrée admise passe
de 1000 à 1200 cm3 ; en vertu de quoi il est tentant de profiter de l'occasion pour présenter
une plus de 1000 , encore plus puissante , encore plus rapide . Chez Honda il existe une 1100
développée à partir du 997 cm3 actuel . Ce moteur a d'ores et déjà fait l'objet d'essais au banc
mais on ignore s'il apparaîtra au prochain Bol . De toute manière Jean-Louis Guillou est à peu
près certain de recevoir des motos différentes de celle qu'il connaît : " Il semble qu'ils aient
préparé de nouveaux moteurs dérivés de ceux qui équipent les machines Formule 1 Anglaises . Ces
moteurs sont des 900 Bol d'Or de série équipés du Kit RS le plus puissant . Nous devrions avoir
des mécaniques comparables mais légèrement plus puissantes ". Quant à l'injection les Japonais
l'ont abandonnée pour le moment . " Ils ne nous ont pas dit pour quelle raison ; c'est vrai que
nous avons connu d'assez grosses difficultés de mise au point en début d'année , mais au fil
des courses nous avons enregistré des progrès intéressants . Au Nurburgring l'injection nous a
posé de sérieux problèmes , la moto était difficile à conduire , brutale et consommait beaucoup
plus qu'avec les carburateurs . A Barcelone en revanche ça allait beaucoup mieux et on pouvait
penser qu'au Bol nous serions parvenus à un excellent rendement de l'injection . Je pense qu'ils
avaient appris ce qu'ils voulaient apprendre et qu'ils s'estimaient satisfaits ".
Car il ne faut pas perdre de vue que dans l'esprit des Japonais , le programme endurance n'a
de raison d'exister que s'il permet de tester des solutions techniques applicables ultérieurement
aux modèles de grande série . Et si les 750 et 900 dérivent plus ou moins directement des RCB ,
tout permet de croire que dans un avenir assez proche les Honda de route disposeront de
l'injection . Ce souci de ne jamais s'écarter d'un programme précis , défini de façon rigoureuse ,
se retrouve dans la façon dont les Japonais abordent la compétition ; leur approche n'a rien à
voir avec celle d'Italiens par exemple . Pas de passion ; il n'y a pas d'expérience gratuite ,
toutes doivent comporter leur lot d'enseignements . Les pilotes n'apprécient pas toujours le
rôle d'essayeur permanent qu'ils sont obligés de jouer . Il n'est pas toujours facile d'essuyer
les plâtres , d'expérimenter des solutions nouvelles au risque de perdre des secondes quand on a
toujours , rivée au fond du cerveau , l'obsession de la victoire . Fort heureusement pour eux ,
depuis quatre années , le programme strictement respecté des Japonais ne leur a pas joué
que des vilains tours .
Avant de revenir au Bol 79 , faisons un petit tour un an en arrière . Alors que personne ne
croyait en elle si ce n'est pour jouer le lièvre et la première heure , la Yamaha de Pons et
Sarron tenait la tête de l'épreuve pendant 17 heures . Au moment de son abandon elle comptait
quatre tours d'avance sur la meilleure Honda , celle de Léon-Chemarin . Chez les rouges l'envolée
de la Yam avait d'abord été accueillie avec un léger sourire , puis les heures passant
l'inquiétuide avait pointé le bout de son nez au point qu'un véritable conseil de guerre fut mis
sur pied au petit matin . Comment allait-on réagir ? Loin de trouver une réponse Jean-Louis
Guillou et son équipe devaient se rendre à l'évidence , ils ne pouvaient rien faire pour déloger
la Yamaha bleue qui finira par renoncer , embiellage cassé . Cette année il y aura trois Yamaha
minutieusement préparées pour cette course qui leur convient a priori si mal . Et si les Yamaha
tenaient ? A cette question M. Guillou répond avec fatalisme : " Si les Yamaha tiennent elles
gagnent le Bol . Nous ne pourrons pas faire grand chose pour les empêcher de gagner . Même en
poussant nos moteurs qui ont de la réserve nous ne pourrons pas tenir leur rythme ".
On la croyait venue juste pour faire un coup de pub ; une ou deux petites heures en tête avant
de s'arrêter , définitivement , pour une quelconque raison mécanique . En fait de coup de pub
c'en fut un . Pendant 17 heures la Yamaha 750 de Pons et Sarron allait tourner en tête du Bol d'Or
1978 . Personne ne l'imaginait capable d'aller aussi loin ; peut-être même pas ceux qui avaient
pris la décision de l'engager dans cette épreuve insensée pour une machine de Grand Prix .
Seulement tout le monde avait piqué au jeu : les pilotes , les préparateurs , les mécaniciens et
les adversaires qui commençaient à craindre qu'elle n'aille jusqu'au bout cette satanée Yam n° 5
qui refusait de casser . C'est finalement l'embiellage qui rendit l'ame . Mais certains se sont
mis à y croire ; gagner 7 heures . Il fallait chercher par tous les moyens à prolonger l'espérance
de vie du moteur de sept heures . C'est ce à quoi se sont employés les gens de la Moraco sous la
direction de Christian Maingret avec l'idée de gagner au Bol 79 . Trois 750 Yamaha ont été
préparées dans ce but . Celles de Pons-Sarron / Rigal-Roche engagées par Sonauto-Gauloises et
celle de M. Maingret-Lafond inscrite par la Moraco . Tout a été revu , corrigé , modifié dans le
but de gagner en fiabilité et d'adapter la " sprinteuse " aux épreuves de longue haleine sans
pénaliser ses avantages de base que sont sa légèreté , sa maniabilité , son efficacité . Rien n'a
été laissé au hasard , C. Maingret , nous la prouve .
" Il reste malgré tout que la Yamaha n'a pas été pensée comme une moto d'endurance . Nous l'avons
modifiée pour qu'elle gagne en fiabilité mais en se limitant à une préparation soignée . En faire
une vraie moto d'endurance serait une entreprise énorme , coûteuse et qui risquerait d'entamer
la supériorité de la Yamaha dans ses points forts , la vitesse , les accélérations , la légèreté ,
la tenue de route . L'autre gros handicap de la Yam , c'est sa consommation ; en essence d'abord ,
mais aussi en pneus , en chaîne , en plaquettes de frein . L'an dernier où les machines d'endurance
tournaient entre 2'15 et 2'20 au tour notre handicap à ce niveau était énorme . Cette année par
contre si eux aussi se mettent à tourner en 2'11 / 2'12 , ils vont se mettre à consommer plus
de pneus , plus de chaîne et sollicitant plus la mécanique , mettront peut-être leur fiabilité
en péril ".