Premier essais de la 500 GP |
Cette fois ce n'est plus du rêve , c'est vrai : la 500 Honda Grand-Prix tourne . Elle a fait ses
premiers essais sérieux , mercredi , jeudi et vendredi derniers sur le circuit de Suzuka au Japon ,
avec au guidon les deux pilotes Katayama et Grant . A cette occasion , nous avons voulu vous donner
les photos du futur , et retracer le passé glorieux de Honda . Cette fois , les choses sérieuses ont
vraiment commencé . La 500 Honda Grand Prix à moteur quatre cylindres en L , cadre porteur , n'est
plus seulement une photo mais bien une réalité . Elle a fait mercredi 13 juin , sur le circuit de
Suzuka au Japon , ses premiers tours de roues avec ceux qui seront ses pilotes : Takazumi Katayama et
Mick Grant . Premiers essais : les pneumatiques . Après avoir monté les pneus de 16 pouces Michelin ,
qui s'avérèrent un peu trop larges pour la moto , il fallut une bonne séance de bricolage pour faire
passer celui arrière dans le bras oscillant . Honda a d'ailleurs déclaré ne pas encore savoir quel
pneu ils allaient utiliser , Dunlop ou Michelin . Katayama et Grant ont tourné sur le circuit de Suzuka
dans des temps relativement faibles : 2 minutes 41 secondes . Mais la moto peut dès maintenant descendre
sans problème à 2 minutes 16 secondes . Durant la première journée d'essais mercredi , Katayama a fait
quatre tours avec la moto , Grant sept . L'ingénieur Irimajiri , père de la moto , avait donné des
ordres : ne pas dépasser 16000 tours alors que le moteur en prend ... 22 000 ! Plus tard , à 2 h de
l'après-midi , au cours d'une conférence de presse , Katayama a déclaré : " Je serai champion du Monde
en 1980 ! " D'autre part , M. Davison a confirmé que les motos feraient leur entrée au Grand Prix
d'Angleterre à Silverstone le 12 août et ensuite au Grand Prix de France le 2 septembre au Mans .
Après avoir été perturbés le jeudi par la pluie , les essais ont continué pendant 3 jours .
En quittant le Japon , Katayama a déclaré : " Je n'ai pas senti de grosse différence entre les pneus
de 16 et 18 pouces . Par contre , nous avons encore du travail pour rendre les suspensions parfaites .
D'autre part , je ne peux pas encore me prononcer sur la suspension arrière , je n'ai pas conduit la
moto assez longtemps ". Mick Grant a pour sa part déclaré : " Il y a encore beaucoup de points à
développer . Mais le moteur , le cadre et les suspensions sont bons . Le reste , c'est de la patience
et du travail ". Enfin , le dernier jour des essais , Katayama a tourné en 2 minutes 28 secondes ,
alors qu'avec une 500 RG Suzuki un pilote Honda a tourné en 2 minutes 24 secondes et 8 dixièmes .
Décidément , l'entrée de cette moto sur la scène internationale va faire du bruit ! Si , l'on demande
à l'homme de la rue de personnifier une certaine forme du génie Japonais , iI y a fort à parier pour
qu'un nom , tout de suite , lui vienne spontanément , aux lèvres : celui de Soïchiro Honda . Sa
réussite , tout à la fois sportive et commerciale , son incontestable aspect novateur et son sens
inné de l'offensive en font très certainement , pour les occidentaux , l'image caractéristique d'une
certaine idée de l'industrie Japonaise .
Soïchiro Honda est né en 1906 près de cette ville , d'Hamatsu qui allait devenir avec les années , le
très authentique berceau de la moto au Japon . A l'âge de 15 ans , ce fils de forgeron dépose son
premier brevet ( une roue , à rayons métalliques ) et aborde aussitôt , comme simple apprenti , la
seule carrière qui le passionne réellement : la mécanique . En quelques années , Soïchiro Honda va
parfaitement concilier deux de ses grandes passions : la course et la mécanique .
Mais en 1936 , victime d'un grave accident au volant d'une Ford A gonflée par ses soins , il décide
de s'assagir et commence à construire de façon artisanale des pistons pour la firme Toyota . Tout en
poursuivant des études très techniques , Honda entame une réussite financière que la Seconde Guerre
mondiale va en même temps précipiter et réduire à néant . En 1945 , au milieu des ruines de son pays
vaincu , Soïchiro Honda doit repartir à zéro . Il rachète un lot de petits moteurs fixes et les monte
aussitôt dans des cadres de vélo : la première moto Honda était née ... 15 ans plus tard , Soïchiro
Honda est le numéro un Japonais ( il y avait environ 70 marques nippones après la guerre ) et
envisage , pour attaquer le marché mondial , de s'attaquer sérieusement au championnat du monde :
l'ère Honda vient de commencer ...
C'est en 1959 ( il y a tout juste 20 ans ) que la première Honda fait ses débuts officiels au
Tourist Trophy . Les Anglais , encore tout puissants , regardent avec ironie cette petite moto
inconnue et les Jaunes hermétiques qui s'occupent de sa préparation . Il s'agit d'une 125 bicylindre ,
la RC 142 , dont la puissance paraît supérieure à celle du mono MV que Ubbiali mènera cette année-là
vers le titre mondial : 20 contre 22 CV . Le twin Japonais par sa technique différente , surprend
agréablement les techniciens de l'époque : ses deux ACT et ses 4 soupapes par cylindre paraissent
effectivement susceptibles de concevoir les régimes élevés annoncés par l'usine : 14000 tours .
Mais la première expérience est relativement décevante , la moto cassera avant la fin , et les
Japonais retourneront chez eux sans inquiéter personne . En 1960 , toujours aussi discrètement ,
Honda revient en Europe avec une nouvetle 125 , la RC 143 , et une 250 quatre cylindres , la RC 164 ,
constituée en fait par deux moteurs de 125 côte à côte . Taniguchi , Takamashi et Suzuki , les pilotes
Japonais , parviennent à se classer honorablement en 125 mais c'est le Rhodésien Jim Redman qui signe
les meilleures performances . En 250 , Phillis et le même Redman terminent deux fois derrière la MV
d'Ubbiali sans réussir a réellement l'inquiéter . Qu'importe : les Honda ont prouvé qu'elles ne
cassaient pas , malgré leurs régimes très élevés , et qu'il fallait désormais compter avec elles .
En 1961 , la RC 145 de l'Australien Phillis s'avère résolument la plus puissante d'un plateau déserté ,
il est vrai , par les MV officielles . Vainqueur en Espagne , France , Hollande et Argentine , Phillis
est champion du monde devant la MZ de Degner et le Suisse Taveri qui vient de rejoindre , à son tour ,
le team Japonais . Dans la catégorie supérieure , les Honda vont truster toutes les victoires et c'est
un jeune Anglais , encore mal connu , qui va enlever le titre : Mike Hailwood . Mais celui qui sera
sans doute le plus brillant pilote de la marque n'est encore qu'un privé très privilégié puisqu'il est
propriétaire de sa moto que le mécanicien Anglais Bill Lacey prépare pour lui . 1962 sera l'année du
premier titre officiel pour les 50 cm3 . Honda , aussitôt , décide de s'attaquer à la catégorie avec
la RC 110 , monocylindre quatre temps double arbre à quatre soupapes . C'est le Suisse Luigi Taveri
qui pilote cette moto mais il doit régulièrement s'incliner derrière la très rapide Suzuki de
l'Allemand Degner . Car si Honda a été le premier à s'attaquer aux championnats du monde , les autres
constructeurs Japonais n'ont pas été longs à lui emboîter le pas : Suzuki , Yamaha et d'autres noms
aujourd'hui disparus comme Tohatsu ou Bridgetone , pensent également que la véritable promotion
se fait sur les circuits .
Le même Taveri remporte aisément le titre 125 et Jim Redman , avec 6 victoires en GP , est sacré
champion du monde des 250 . Une version très proche , 285 cm3 , s'attaque la même année à la catégorie
350 et s'oppose aux 4 cylindres MV pilotées désormais par Mike Hailwood . Une seconde version , le RC 170 ,
339 cm3 , succède aussitôt à cette RC 163 et ses 49 CV à 14000 tours permettent à Jim Redman de
précéder son coéquipier Tommy Robb au classement du championnat du monde . 1963 est à nouveau l'année ,
en 50 cm3 , du mono Suzuki que Anderson conduit au titre mondial . Luigi Taveri , sur le RC 113
bicylindres double arbre , ne remporte que le dernier GP de la saison à Suzuka sur le circuit privé
de l'usine . Cette attaque de Suzuki se matérialise d'ailleurs parfaitement , toujours avec Anderson ,
dans la catégorie 125 d'autant que Taveri et le nouveau twin 2 RC 146 ne terminent qu'en seconde
position . Redman , heureusement , remporte aisément la catégorie 250 , malgré la Morini de Provini
et la Yamaha de Fumio Ito qui fait ses grands débuts cette année et gagnait 6 des 8 épreuves en 350 !!
En 1964 , malgré une bonne saison du nouveau venu Bryans , c'est encore une fois Suzuki qui prend le
titre en 50 . Dans les autres cylindrées , Honda maintient sa pression , titre en 125 et en 350 ,
sauf dans cette catégorie 250 que Yamaha , grâce à Phil Read , remporte pour la première fois . Face
aux deux temps modernes , le 4 temps de Honda est maintenant poussé dans ses derniers retranchements
et la fiabilité , malheureusement , commence à s'en ressentir .
En 1965 , enfin Ralph Bryans triomphe en 50 cm3 grâce au RC 115 qui sort , désormais , 14 chevaux à
21500 tours sans rien perdre de sa fiabilité : Honda , une fois encore , démontre que la solidité
n'est pas incompatible avec les très hauts régimes . Taveri , en 125 , n'arrive pas à imposer la RC 148
cinq cylindres qui reprend les côtes exactes , 35,5 x 25,14 , du 50 twin . La puissance approche les
34 chevaux mais le merveilleux moteur manque encore de solidité . En 250 , pour contrer les Yamaha de
plus en plus puissantes , le département course vient de sortir ce qui reste sans doute l'un des plus
beaux moteurs de course jamais construit par une usine : la RC 164 , six cylindres que Jim Redman va
tenter de mener au titre . Sa puissance , intrinsèquement , est nettement supérieure à celle du twin
deux temps et tant que le 6 cylindres fait entendre sa merveilleuse musique , à ce niveau on ne peut
plus parler de bruit ! , Read reste loin de la moto blanche et rouge .
Le problème , alors , est purement mécanique : trop souvent , la puissante Honda casse avant l'arrivée
et Read accumule les points . En 350 , heureusement , la RC 172 est beaucoup plus solide et Redman ,
sans vrais problèmes , triomphe devant la nouvelle recrue du team MV , Giacomo Agostini . 1966 est
pour Honda l'année de l'apothéose puisque si Hanscheidt est champion du monde en 50 cm3 , c'est quand
même Honda qui enlève le titre des constructeurs grâce à Luigi Taveri et Ralph Bryans . Le même Taveri
est facilement vainqueur en 125 sur la 5 cylindres tandis que Mike Hailwood , qui vient de signer
chez Honda , remporte les catégories 250 , avec la 6 cylindres , 350 avec la quatre cylindres . Mais
Honda , qui s'attaque pour la première fois à la catégorie 500 , y remporte suffisamment de succès ,
GP d'Allemagne , d'Angleterre , Hollande , Tchécoslovaquie et Irlande ,
pour que le titre constructeur lui soit attribué malgré la victoire finale de Giacomo Agostini . Dans
toutes les catégories auxquelles il s'attaque , Soïchiro Honda est champion du monde ... En 1967 , après
s'être retiré des deux plus petites catégories , c'est un nouveau triomphe pour Hailwood sur les 250
et 350 6 cylindres . En 500 , Mike the bike perd le titre mondial à quelques minutes de la fin du dernier
GP : à Monza , alors qu'il possède plus de deux minutes d'avance sur Ago , Hailwood explose sa boîte
de vitesses et doit laisser la victoire à son ancien coéquipier ... C'est à la fin de la saison 67
que Honda , laconiquement , annoncera son retrait officiel de la compétition au plus haut niveau . La
décision , qui entraînera celle des autres marques Japonaises dès l'année suivante , est évidemment
d'ordre strictement financier . Les investissements , à un tel niveau de la compétition , étaient
devenus hors de proportion avec les retombées . Et puis après tant de succès , en cette fin 1967 ,
Honda n'avait plus grand chose à prouver ...Voici les fiches techniques de toutes les Honda de Grand Prix entre 1959 et 1967.
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50 cm3 |
Alésage |
Cylindres |
Exacte |
Avant |
Arrière | ||||||
125 cm3 |
Alésage |
Cylindres |
Exacte |
Avant |
Arrière | ||||||
250 cm3 |
Alésage |
Cylindres |
Exacte |
Avant |
Arrière | ||||||
350 cm3 |
Alésage |
Cylindres |
Exacte |
Avant |
Arrière | ||||||
500 cm3 |
Alésage |
Cylindres |
Exacte |
Avant |
Arrière | ||||||