La sortie , c'est par là ! La sortie , c'est par là !

8 Heures de Suzuka

Après la star RVF de Doohan et Gardner , nous ne pouvions passer à côté des autres reines de Suzuka . Une transition d'actualité qui nous met à la fois dans le bain du Bol d'Or et dans celui du Mondial Superbike avant l'épreuve ( dans 15 jours ) de Magny-Cours . D'une pierre ... deux coups .

Après le détail technique de la machine de Doohan/Gardner , il était logique de s'intéresser aux autres grandes marques engagées à Suzuka . C'est pour nous l'occasion unique d'admirer les somptueuses Yamaha YZF . Malheureusement , celle qui a le plus souvent contrarié la RVF sur ce même circuit ne posera pas ses roues au Paul Ricard .

Avec Yoshimura , la perfection est poussée jusque dans le détail : I've got the power ... ( sure my dear ). Pas de bol ... Notez qu'il ne devrait pas y avoir non plus de Honda officielle . L'usage du conditionnel est dicté par l'Anglais Steve Hislop , actuellement en tête du championnat du Monde d'endurance . Ce lascar peut-il espérer , après sa bonne prestation à Suzuka , une aide de la part du HRC ou de Honda Motor Europe ? Si ce n'est sous la forme d'une machine identique à celle de Doohan ( ils partageaient le même stand ), cela peut se concrétiser par une aide matérielle . Après son retrait de ce championnat , Honda a manifestement une carte à jouer en endurance . Une manière pour cette firme d'atténuer l'amertume d'un titre en 500 , qui reste la propriété de Yamaha . Pourquoi pas ? En tout cas , ce scénario est plaisant . Cela étant dit , une logique nipponne d'ordre stratégique ne laisse pas place à l'improvisation . A titre d'exemple , Yamaha nous en donne la preuve . Les deux bonnes performances enregistrées au guidon de l'OW 01 Finacor , au Mans et à Spa , n'ont pas provoqué de réactions spectaculaires . Les YZF resteront au Japon . C'est aussi ce qui fait la richesse incomparable du plateau des 8 Heures . Pour tous les états-majors , ce n'est pas une bataille à remporter , mais une guerre que l'on gagne . Cela ne se limite pas au matériel avec 15 machines officielles . La plus grande partie des pilotes Japonais sollicités par les teams de pointe pour les 8 Heures , sont des habitués de la 500 . Vous imaginez l'affiche ... Kawasaki jouera une carte capitale au Bol d'Or . Contrairement à Honda et Yamaha , ce championnat est une priorité pour eux comme l'est celui des Superbikes . Les ZXR " évolution " sont indifféremment confiées à Kawasaki Motor France ou aux autres équipages de pointe de l'usine . Toutes les Suzuki du SERT ( Suzuki Endurance Racing Team ) de Dominique Meliand seront au Bol sur le pied de guerre . L'impact d'une victoire au Castellet effacera peut-être un championnat en demi-teinte . A défaut de Suzuki Françaises , nous présentons - une fois n'est pas coutume - les 750 cm3 engagées par Yoshimura . Ce préparateur que l'on ne présente plus , est très impliqué aux Etats-Unis , et comme de bien entendu plus encore au Japon . Viendra , viendra pas ? La présence de Ducati au Bol d'Or est possible . Si l'usine n'est pas chaude pour un programme d'endurance complet , elle est prête à accorder sa bénédiction au tandem Roche/Lucchinelli . Pour emporter la décision , un sponsor sera accueilli à bras ouverts . Les deux 888 , alignées aux 8 Heures , constituant la première véritable apparition ambitieuse de la marque Italienne dans une course d'endurance , complètent ce tour d'horizon .

Yamaha YZF

Sous les couleurs Hayashi , cette YZF n'était pas la moins rapide . Elle chutera trois fois en course ; deux fois Goddard , une fois Mackenzie ( ici en action ).

La tête d'ancrage du combiné arrière ( ici déposé ) jouxte la batterie , elle-même surmontée du boîtier d'allumage . Malgré le nombre de câblages à proximité de l'élément de suspension arrière , les YZF ne semblaient pas dotées de la suspension active développée par Yamaha . Le carter droit est particulièrement compact . Par rapport à celui du vilebrequin , il est en retrait d'une bonne dizaine de centimètres .

De profil une YZF est très impressionnante . La largeur des flancs du carénage semblent disproportionnés . Ce qui peut passer pour de l'embonpoint , lui confère une " gueule " très agressive . A noter , le retour du carénage dans la partie basse , au plus près de la roue arrière . Ce Deltabox n'a plus grand chose à voir avec celui d'une OW 01 . Dimensions , architecture , ancrage moteur , le cadre n'a rien de commun avec les machines de série . Les disques pleins sont équipés d'étrier Nissin 6 pistons . La patte d'ancrage est directement solidaire du fourreau inférieur de la fourche Ohlins .

La seconde YZF rouge et blanche Kirin de Fujiwara/Nagaï terminera , elle aussi , dans les profondeurs du classement .

Pour le moins robustes , les renforts du bras oscillant . La nouveauté provient du disque et de la couronne . Ces éléments , y compris la chaîne , restent solidaires du bras oscillant lors des changements de pneumatiques . Le disque à peine visible est doublé d'une flasque en carbone . Tout bête les ergots triangulaires pour le béquillage , mais très pratiques .

Sous cet angle , on apprécie plus encore l'originalité du Deltabox des YZF . L'imposante section des structures latérales est complétée par des caissons formant triangle , de part et d'autre de la colonne de direction . Expliquant en partie le " ventre " d'une YZF , on remarque l'emplacement très excentré du radiateur d'eau . L'intérêt du nouvel ensemble disque , chaîne et flasque solidaires , apparaît plus nettement lorsque la roue arrière est déposée .

Suzuki Yoshimura

Le Team Yoshimura place ses deux 750 à l'arrivée . La Suzuki N°12 de l'équipage Kipp/Aoki est passée à deux doigts du podium en chutant à 30 minutes de l'arrivée .

Le fils du père ... Fujyo Yoshimura . Si le fameux " Pop " prend de plus en plus de recul , ce garçon formé à l'école Américaine prend en mains les destinées sportives et commerciales de la marque .

Le bras oscillant des nouvelles 750 GSX-R de série sera presque identique à celui-là . Contrairement à la Yamaha YZF où le renfort est plein , ici la structure tubulaire est soudée . Au centre , la " trompette " qui reçoit l'axe de la béquille .

Sur une partie-cycle proche de celles du Suzuki Endurance Racing Team , le préparateur développe ses propres solutions techniques . Celles-là même qui donnent les fameuses pièces Yosh' . Avec l'apparition , en 92 , du 750 cm3 refroidi par eau , le refroidissement par huile sera abandonné .

La seconde Yoshimura N°45 était confiée à Steve Martin et Matt Blair . Tous les membres du team sont habillés de la tête aux pieds. L'équipage le plus modeste se conforme à cette règle .

Les machines du SERT disposent d'un radiateur d'huile additionnel dans le nez du carénage . Yoshimura le place au dos du radiateur principal . Ici aussi , les étriers sont des Nissin 6 pistons .

L'opération la plus délicate pour modifier une carburation , réside dans le placement de la chaise , elle-même support de cuvette . Plus sérieusement , la rampe est déposée alors que le carénage est en place . C'est également le cas des câbles de gaz . La rapidité de ce type d'intervention , fait la force des machines d'endurance bien préparées . Sur la fourche , les demies coquilles ouvertes permettent un changement de roue instantané . Remarquez les dimensions du cadre , très éloignées de la série .

Kawasaki ZXR

A défaut de figurer sur le podium , les ZXR ont brigué les accessits ; 4è, 5è, 6è, 8è et 12è places . Les quatre machines officielles sont à l'arrivée .

Par manque de place à gauche , l'amortisseur de direction est ancré a l'opposé . Les maîtres cylindres de frein et d'embrayage sont positionnés vers l'intérieur ( moins de conséquences lors des chutes ), montés sur des supports souples solidaires des tubes de fourche .

Chaque team possède le même matériel . Néanmoins , sur la ZXR de Dowson et Slight on remarque un certain nombre de différences , en particulier au niveau des freins ou des éléments de suspensions . Kayaba contre Ohlins , ISR ( origine Suédoise ) face à Nissin . A proximité de l'optique , la généreuse prise d'air suivie de sa liaison rigide vers la rampe de carburateur via le cadre .

Les ZXR présentes à Suzuka l'étaient en plusieurs versions . Trois cadres sont disponibles et autant de tés de fourche . Il suffit de comparer les deux bras oscillants pour cerner la différence . Ils existent en deux types - caissonné ou non - et trois longueurs ( deux seulement pour le bras renforcé ). Le pivot du bras oscillant est réglable en 3 positions par l'intermédiaire d'un excentrique . En faisant varier l'angle d'incidence du bras , l'interaction de la tension de chaîne sur le travail de la suspension arrière est contrariée . Vous ne trouvez pas que cela commence à faire beaucoup de possibilités pour arriver à la plus grande efficacité ? ... Remarquez au passage , le point de levage central intégré au cadre .

Alex Vieira et Miguel Duhamel , vous les retrouverez au Bol d'Or associés à la Jean Louis Battistini .

Voici la ZXR que Vieira et Duhamel ont conduit à la 12è place . Cette Kawasaki se distingue également par une importante surface de refroidissement . Juste au-dessus , on aperçoit l'ouverture carrée pratiquée dans la structure principale du cadre . Par l'intermédiaire d'un manchon , l'air est acheminé vers la boîte à air . Cette dernière en carbone/Kevlar , démontée , est posée sur le sol . Sur cette vue , la position du 4 cylindres ( limité à 14 200 tr/mn ) met l'accent sur le centrage et l'équilibre des masses . L'axe du vilebrequin est pratiquement équidistant du radiateur inférieur et de l'axe du bras oscillant . C'est déjà l'une des caractéristiques de la ZXR de série . Entre autres modifications , le circuit de lubrification est adapté aux régimes de rotation du moteur . Si l'on retrouve certaines pièces du kit , un grand nombre d'éléments internes sont allégés .

Ducati 888

Lors des essais , aux mains de Tardozzi , l'une des quatre Ducati 888 , dans sa livrée Japonaise . Le sponsor a le privilège d'être l'un des tout premiers contribuables Japonais . Autant dire que sa société de transports " Sagawa Express " marche bien .

Une 888 d'usine conserve toujours son petit côté usine à gaz ( un 920 cm3 a roulé à Suzuka ). Le volumineux boîtier de gestion électronique est placé devant le té de fourche . Les deux prises d'air frontales acheminent l'air à travers le réservoir . Elles sont doublées par deux conduits souples de part et d'autre de l'Upside Down . Les fourreaux inférieurs reçoivent deux plots pour le béquillage . En regard des 4 cylindres montrés dans les pages précédentes , le radiateur d'eau est ici presque standard . Le radiateur d'huile est monté à hauteur du carter inférieur .

De l'aveu de Raymond Roche , les 888 destinées à Suzuka manquaient de préparation . Manque de mise au point , poids excédentaire , faisant office de handicap . Cette machine était dans les dix , avant de rétrograder suite à un problème de distribution . Le team Sagawa avait raison d'espérer la pluie pendant la course , le V-twin injection s'y est montré à son avantage .

Contrairement aux Ducati de Superbike , toute la face avant a été revue et corrigée . Une vraie gueule de squale , ovalisée dans sa partie la plus proéminente . A noter également, l'importante hauteur de la bulle , et l'abandon des ouïes d'admission habituellement de part et d'autre du boîtier d'injection .

La périphérie du twin côté gauche est nettement plus ordonnée , les câblages électriques sont , il est vrai , centralisés à droite . Le récepteur d'embrayage très compact est à proximité du pignon de sortie de boîte . Le sélecteur dépourvu de renvoi , est monté directement sur l'axe de sortie .

La machine de Mertens durement touchée après une chute durant les premières minutes de course .


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Informations tirées de Moto Revue .
Par Philippe Gorce . Photos : auteur et Claude Lapoumeyroulie .