Ma 350 Yamaha par Katayama |

Le ciel est couvert au-dessus du circuit de Zolder , en Belgique . La température est assez fraîche , et nous attendons Takazumi Katayama qui doit venir essayer pour Moto-Presse , grâce à une autorisation spéciale de l'usine , sa 350 cm3 trois cylindres championne du monde . Dans son camping-car spécialement aménagé pour se déplacer de course en course , Takazumi arrive accompagné de sa femme . Derrière suit le camion du service course Yamaha qui apporte la trois cylindres . La moto est prête à tourner et Francis Lothaire , le mécanicien Belge spécialement chargé de cette moto , la fait chauffer doucement . Katayama enfile sa combinaison , ses gants , son casque et enfourche la selle . Progressivement , il fait monter les régimes pour chauffer le moteur , pendant que Francis place une bande de sparadrap sur le radiateur pour permettre à la température de l'eau de monter plus vite malgré le temps frais . Soudain , Katayama s'aperçoit qu'il manque une durite de trop-plein du vase d'expansion . Francis n'avait pas jugé indispensable d'en mettre une pour quelques tours , mais Kata est intransigeant : si on n'en met pas aujourd'hui , on finira par ne plus en mettre pour les courses ! Francis court en chercher une et au bout de quelques minutes , Takazumi est en piste . Après quelques tours menés tambour battant , il s'arrête aux stands , satisfait . La moto tourne comme une horloge , et il commence à nous en raconter l'histoire .
Ma 350 cm3 trois cylindres n'a pas été construite au Japon , mais aux Pays-Bas . C'est le side-cariste Suisse Rudy Kurth qui en a conçu le moteur , et il n'y a plus eu ensuite qu'à en descendre la cylindrée de 500 à 350 cm3 . Quand je l'ai essayée pour la première fois en février 1977 , il y a à peine huit mois , elle n'allait pas très vite . De plus nous avions de très gros problèmes de tenue de route , car le moteur était installé dans le cadre d'origine d'une 350 bicylindre . Le nouveau moteur étant beaucoup plus large , cela limitait même la garde au sol . Mais en fait nos plus gros ennuis venaient de la direction trop lourde qui rendait la machine très imprécise et dure à conduire . Nous avons donc fait faire un cadre par Nico Bakker , qui s'est avéré bien meilleur . Mais , malgré tout , la trois cylindres restait peu maniable . J'en ai fait la cruelle expérience lors du Grand Prix d'Italie , où il m'était impossible de suivre les bicylindres des hommes de tête . J'ai donc décidé par la suite d'utiliser soit la deux soit la trois cylindres , selon le profil des circuits . Et ce choix s'est par exemple avéré judicieux à Assen ou à Boro , où la twin était beaucoup plus maniable . Le moteur comporte donc trois cylindres , dont chacun a un alésage de 54 mm pour une course de 50,2 mm . Il développe 72 chevaux à 11 500 tours/minute , ce qui permet à la moto d'être plus rapide de 15 km/h environ qu'une bicylindre . Par contre , les accélérations sont comparables , et je n'ai là aucun avantage . Cela vient peut-être du fait que le poids de ma machine est plus élevé , en partie parce que je dois emmener plus d'essence , le trois cylindres consommant à peu près 20 % de plus que le twin .![]() |
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Nous en arrivons maintenant au chapitre de la tenue de route , de loin le plus délicat . Après le cadre de série , la partie-cycle réalisée par Nico Bakker a apporté un peu d'amélioration . Puis nous avons commandé un autre cadre à Bakker , en utilisant les enseignements glanés en course avec le premier . Mais il semble que Bakker se soit un peu trompé dans les dimensions , ce qui fait que je ne suis pas satisfait du tout . Comme je ne tiens pas à dire du mal de qui que ce soit , j'arrêterai là ma critique . Avant chaque course , nous faisons de nombreux essais pour essayer de parfaire la tenue de route . C'est pourquoi nous testons des amortisseurs , des fourches , des réglages de suspensions et de chasse , et il m'est donc difficile de dire comme on le fait dans un essai classique si la tenue de route est bonne ou non . Cela varie en fait selon les circuits et les réglages adoptés . Et puis un circuit comme celui de Zolder que nous utilisons aujourd'hui n'est pas l'idéal pour un essai , car il est trop court ( à peine plus de quatre kilomètres ) et très bosselé ! Il serait intéressant d'avoir ici une bicylindre pour faire la comparaison et déterminer quelle est la plus rapide . L'utilisation de la trois cylindres est d'ailleurs assez limitée et il est souvent nécessaire d'avoir avec soi les deux types de moto pour pouvoir faire un choix . C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle Yamaha hésite à produire une version client de cette trois cylindres . Il faudrait que les pilotes privés puissent disposer de deux motos et du stock de pièces détachées s'y rapportant , ce qui reviendrait très cher . Disons qu'actuellement il y a une chance sur deux pour que l'usine fabrique des répliques de cette moto .
L'an prochain , je disposerai à nouveau de cette moto pour tenter de renouveller mon succès au championnat du monde . Elle sera alors bien sûr dotée d'un nouveau cadre , que nous allons essayer pendant l'hiver . Cette année , Yamaha me prêtait la moto , et me fournissait les pièces et un mécano pour s'en occuper . Par contre , je devais acheter mes 250 et 750 cm3 , l'usine ne m'apportant aucun soutien dans ces deux catégories . J'espère qu'il en ira différemment l'année prochaine . J'ai essayé à Anderstorp , lors d'essais privés avant le Grand Prix de Suède , la 500 quatre-cylindres . C'est une machine fantastique qui me semble faite pour moi ! Si tout va bien j'en aurai une l'an prochain , car j'aimerai beaucoup faire partie de l'équipe d'usine Yamaha ! A l'heure qu'il est , rien n'est encore décidé , mais il n'est pas interdit d'espérer !
Quand Takazumi Katayama fut sacré champion du monde en 350 cm3 voici deux mois , le Japon connut un soudain engouement pour les courses de motos . De partout , on cherchait à joindre le nouveau champion pour chanter ses louanges , pour le faire connaître du public , pour savoir qui était cet inconnu capable de faire briller si haut les couleurs du pays du soleil levant .
" Un kamikaze est à l'origine un vent de dieu , et ce n'est que lors de la dernière guerre mondiale que cette expression a été appliquée à un être humain . A l'origine , on baptisa ainsi ces vents car ils avaient repoussé à trois reprises la flotte Chinoise alors que celle-ci n'était qu'à vingt kilomètres des côtes Japonaises . Puis on donna ce nom aux pilotes d'avion dont les réserves en carburant ne leur permettaient que de faire l'aller et pas le retour . Ils devaient donc mourir obligatoirement . En Occident , cela semble un peu bizarre de sacrifier ainsi sa vie , mais chez nous les morts sont heureux . La mort au Japon est joyeuse . Bien sûr , tout cela a considérablement évolué avec le temps , et seules quelques personnes situées politiquement à droite conservent cette vision des choses . Je trouve ça un peu dommage car la plupart des gens ne pensent plus maintenant qu'à travailler . Mais les temps changent ..."
Francis Lothaire est le mécanicien chargé de veiller sur la 350 trois cylindres de Katayama . Avant , il a préparé les machines de nombreux pilotes , dont Victor Palomo et Edmar Ferreira . Maintenant , il travaille pour le département course de Yamaha installé à Amsterdam , ce qui est une consécration pour un mécanicien .