La sortie , c'est par là ! La sortie , c'est par là !

Jean-Paul Boinet

C'est uniquement pour la photo que Jean-Paul a endossé le tablier pour prêter main forte à son père . Rustre et sensible , Jean-Paul Boinet apparaît aujourd'hui , gonflé à bloc pour la saison 78 . Après la douche écossaise et parfumée du Bol d'Or , il reproche aux journalistes de n'avoir vu , dans sa présence , qu'une opération publicitaire à court terme , et ses propos ne cachent , ni son amertume , ni sa détermination . " J'ai sacrifié une partie de ma saison pour préparer cette course , et penser que certains n'y ont vu qu'un coup de pub est édifiant . Quand un pilote amène un sponsor aussi important que l'Eau Sauvage , avec tout ce que cela représente , il se doit de ne pas le décevoir , et c'est pour cela que la préparation de la moto a été très soignée , ainsi que notre entraînement physique . Même dans les grandes écuries , la panne mécanique existe . Je suis déçu de la presse spécialisée , et par réaction , décidé à prouver en 1978 , plus que jamais , mon professionnalisme . La mort de Pat Evans , à Imola , et de Randy Cleek qui se rendait à l'hôpital pour le voir , m'a appris à accepter le fatalisme , et m'en servir comme arme ".

Le mur du fond du bar où Jean-Paul collectionne les souvenirs . Il a conservé tous ses casques , ainsi que tous ses cuirs . De nombreuses coupes occupent la vitrine , témoins de ses performances . Peut-être un jour , aura-t-il besoin d'une armoire normande ? Lorsque Jean-Paul s'envola pour la Californie début mars 77 , il n'est pas très sûr de lui . Pourtant , tout semble s'arranger , une OW 31 l'attend , préparé par Don Vesco , payée par Jean Murit , son fidèle sponsor . Participer au 200 Miles de Daytona ! Des questions le harcèlent : va-t-il surmonter le handicap d'une saison 76 ratée ? D'un hiver dépressif ? Saura-t-il être dans le coup en pilotage ?


Jean-Paul Boinet Jean-Paul est un garçon inquiet . Un meilleur temps aux essais ou une première ligne ne le rassure pas pour la course du lendemain ; Le soleil américain , le sourire de Pat Evens qui l'accueille , la préparation parfaite de la moto seront autant de gages pour la réussite de l'entreprise . Effectivement , malgré le peu d'essais , la confiance renaît , le rythme revient et la course se passe en une longue remontée , qui le conduira à une honorable 13è place . Jean-Paul entame sa huitième saison de pilote de course . Il a vingt-cinq ans .

Jean-Paul : chez lui

Virginie est la compagne de Jean-Paul , assistante de presse chez Christian Dior . Jean-Paul Boinet Jean-Paul habite avec ses parents dans une maison près de la Nationale 20 à Monthléry . En ouvrant le portail , nous pénétrons dans une vaste cour , où les chiens nous font la fête . Jean-Paul nous guide vers un petit bâtiment , devant , la Range Rover qu'il vient d'acquérir , où nous trouvons une salle consacrée aux sports mécaniques et un bar ! Sur fond de musique des Beatles , prenant l'apéritif , nous découvrons au mur , de très belles photos de Formule 1 et 2 des années 60 , dont un portrait en course de Jo Schlesser qui vaut le déplacement . Ces photos viennent de l'ancien magasin de Beltoise " Les Milles Milles ", dont il est voisin . Une belle collection de voitures de course miniatures , un volant de Ferrari , des souvenirs de Jean-Paul , tel le cuir de sa première participation à Daytona , des photos de ses premières courses et bien sûr , la vitrine de ses coupes , fort bien garnie . A quelques mètres de ce lieu de détente , l'atelier est installé à côté des chambres froides de l'entreprise familiale . En effet , ses parents sont volaillers , et la présence des motos de course sous le même toit , n'a pas l'air de poser de problème . Banc , borne de lavage , soudure , rien ne manque pour effectuer une préparation soignée . Ici c'est l'idéal , déclare Jean-Paul , près de Paris et dejà à la campagne . Il y a de la place pour le camion et la caravane , et puis , tout est groupé : l'atelier , la maison , le bar .

Jean-Paul et Jacky Germain

Jean-Paul Boinet En 1972 , Jean-Paul reprend la compétition après son accident de la saison précédente . Après une quatrième place en endurance , sur une Honda 750 avec Rougé , lors des 10 Heures de Monthléry , Jean-Paul reprend confiance en lui , et acquiert une TD3 . Cette machine est ce qu'il se faisait de mieux pour courir en 250 , seulement , il faut savoir la faire marcher et les casses se succèdent . Tous les vendredi soir , à Alésia , les pilotes et les gens de la course se retrouvent autour d'un verre . C'est là qu'il est présenté à Jacky Germain par Claude Ben el Hadj . Jacky est un caractère de la moto . Toujours une casquette sur la tête , ladite tête sur les épaules , il a abandonné son métier d'ébéniste pour se lancer dans le kart . Bizarre peut-être mais un titre de champion de France , avant d'attaquer les moto de courses . Jacky va s'occuper de la moto , mais aussi , il va Au Grand Prix de France 1975 , Jean-Paul suit le regretté Stadleman . On voit bien les problèmes de Jean-Paul pour se caser sur une 250 . conseiller notre jeune pilote , et l'aider à se remettre en selle . Lorsqu'en 73 , se monte l'écurie La Moto-Castrol , Jacky en est le mécanicien . Tchernine , Kaci en seront les pilotes , Ben el Hadj qui avait été pressenti pour piloter la troisième moto est lié par contrat à une firme de lubrifiants . Jacky intervient : ce sera Boinet . Mais comme Jean-Paul le dit lui-même , ses résultats de l'époque ne méritaient pas cette place . Mais il en veut , et les résultats arrivent . Jean-Paul est loin de démériter . 1974 voit se reconduire l'équipe Boinet-Germain , autour d'une des premières 750 Yamaha , arrivée en France . Jean-Paul se sent d'avance à l'aise sur une grosse cylindrée , car son gabarit a toujours été un handicap en 250/350 cc . De son côté , Jacky assimile immédiatement la nouvelle moto qui , parfaitement préparée , permettra à Jean-Paul de réaliser une fort belle saison .

Jean-Paul et Pat Evans

Séance d'essais à Folembray . Jean-Paul pilote sa 250 cc , il est suivi par Pat Evans sur la 750 de Jean-Paul , tandis que Forester ferme la marche . C'est le début de la grande amitié qui liait Jean-Paul et Pat . Lors du Grand Prix de France 1976 , se disputant au Bugatti , un jeune pilote américain nouveau venu en Europe , où il avait envie de courir , obtenait un des meilleurs temps aux essais en 250 cc . Ne disposant pas encore de machine à lui , il en avait loué une à une écurie Italienne . Cela ne se passa pas bien . La moto n'étant pas en état de participer aux premières séances , Pat enfourcha une 350 cc afin d'apprendre le circuit . Il est évident qu'il commis là une faute et que celle-ci pouvait passer difficilement inaperçue dans un parc coureurs . Très vite , cela pris certaines proportions de la part d'autres pilotes qui peinèrent cet homme plutôt désemparé . Jean-Paul fut plus compréhensif , plus Bagarre à Nogaro en 1975 . Tom Herron ( N°3 ) précède Jean-Paul , Coulon ( N°14 ) sur la Bimota masque Jimenez . A cette epoque , Jean-Paul participait à certaines courses en 250 cm3 , préférant déjà les courses de 750 où il se sentait plus à l'aise . On remarquera le genou bandé afin d'éviter de se l'ouvrir sur le macadam : les grandes jambes et le style de Jean-Paul l'obligent en effet à se méfier ... hospitalier et bientôt , ils devinrent amis . Ils firent équipage ensemble au Bol d'Or cette même année et Pat fut le pilote le plus rapide de ces 24 Heures , établissant le record du tour , prenant ainsi sa revanche sur le tour que lui avait joué le mauvais sort sur ce circuit . C'est vers lui , que se tourna Jean-Paul , lorsqu'au début de cette saison , Jean Murit lui fournit les moyens d'acheter une 750 . Effectivement , il n'y avait pas de machines neuves disponibles en Europe , et Pat , qui , aux Etats-Unis courait pour Don Vesco , se chargea de lui trouver la moto . Après Daytona , nos deux comparses reviennent en Europe , avec l'intention de participer au Championnat FIM et au Bol d'Or , en faisant route ensemble . Après le Million , ils partirent pour Imola , où Pat devait trouver la mort lors de la première manche .

Jean-Paul : Eau Sauvage

Avec la Japauto au Bol d'Or 1974 , Jean-Paul se souvient encore du tour de circuit qu'il dut faire en poussant la moto tombée en panne d'essence . C'est à la suite de cette perte de temps que Tchernine décida de se retirer de la compétition comme il le déclara publiquement . Boinet ( 700 Yamaha ) bat le record de Saarinen . Virginie est la compagne de notre pilote , assistante de presse chez Christian Dior , où elle travaille depuis cinq ans . Il n'a pas été difficile , au couple , de faire le rapprochement entre leurs deux métiers par le biais du sponsoring . Fin 74 , l'idée est lancée auprès des " bosses " de la célèbre marque Française , sans que , dans l'immédiat , une solution soit trouvée . Pourtant , l'idée fait son chemin , et trouve un créneau avec " Eau Sauvage ", un des nombreux fleurons de la firme " qui a besoin d'un petit coup de pouce ", et le Bol d'Or , qui , dans notre pays est la course la plus suivie par les mass-média . C'est en mars 1977 , de retour de Daytona , que tout se décide et que le contrat est signé . Pour Dior l'impact fut évident , bien que l'on ait été déçu par l'abandon de la machine . Le pôle position de l'équipage , puis la bagarre en première heure avec la Honda de Léon Chemarin , l'abandon même , ont été largement suivis et commentés par la presse et le public . Les 80000 pochettes d'Eau Sauvage distribuées au Bugatti , ont été favorablement accueillies par les spectateurs . Suivrons-nous à nouveau les couleurs " Bordeaux et Or " sur les circuits du FIM 750 et au Bol 78 ? Actuellement , rien n'est encore décidé .

Jean-Paul et le Bol d'Or 77

Jean-Paul Boinet Départ en tête lors de la reprise du Bol d'Or en 1969 à Montlhéry . Un fil d'allumage dessoudé le contraignit à l'abandon à 9 heures du soir . C'est une 750 Yamaha TZD qui fut choisie pour faire le Bol . Cette machine , achetée par Jean Murit , chez Don Vesco en Californie , quelques jours avant Daytona , a été préparée dès le début août . Fort de l'expérience de participation aux deux épreuves mancelles précédentes , sur des machines de type identique , Jean-Paul et le mécano anglais John Gilles ont parfaitement préparé la moto : adoption de fixation rapide pour de nombreuses pièces , durites frein blindées avec branchement rapide , et montage du moteur particulièrement soigné . Seulement , ce sera l'abandon après quelques heures de course , sur des serrages chroniques des pistons , dûs à des problèmes de réservoir , donc l'alimentation en mélange . Victor Soussan , plutôt spécialiste des 250/350 cc aime beaucoup conduire une 750 cc . Il participe régulièrement au Bol , est très ami avec Jean-Paul et regrette beaucoup de n'avoir pu faire la performance qu'il souhaitait , pour l'équipe . Jean-Paul est triste que certains pensent qu'ils étaient venus uniquement pour boucler la première heure en tête . Si c'était le cas , il n'y aurait pas eu autant de travail fait sur la moto . Une OW 31 avec des piles comme éclairage , aurait aussi bien fait l'affaire .

Jean-Paul 78

Peu de temps avant le Bol , la présentation à la presse de la moto << Eau Sauvage >> et de ses deux pilotes . Au centre , monsieur Frédéric Chandon de Brailles , président de la société . Jean-Paul Boinet , Victor Soussan , une pole position au Bol d'Or , dommage que la mécanique ... L'hiver arrive . Il va être bien occupé , entre les séances de tout-terrain sur son Ossa 360 , les essais de pneu que Michelin a l'intention de lui faire faire , les salons , où la moto sera exposée , où il devra faire ses " public relations " sans oublier la chasse , la pêche , les parties de cartes avec les amis . Puis viendra la préparation de la moto neuve qui arrive toujours trop tard , puis le départ pour un nouveau Daytona , où , cette fois , il a la ferme intention de " faire dans les dix ". Suivront ensuite les courses FIM , où chaque place compte , et les courses internationales de prestige , où la prime de départ compte elle pour beaucoup . Souhaitons à Jean-Paul que ses ambitions trouvent leur place au milieu de tous ces jeunes pilotes , qui se disputent les résultats , les arrachent aux anciens . Il a la fougue et l'envie d'arriver des jeunes , avec une expérience de la course que beaucoup lui envient . Il a les moyens d'y parvenir , c'est tout le mal qu'on lui souhaite ... en remerciements à sa volonté , à ceux qui lui font confiance depuis toujours , comme à ceux qui commencent .

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Informations tirées de Moto-Presse du 19 au 26 octobre 1977 .