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Bernard Fau |
Le coeur ou la raison
" Ce qui m'intéresse est , dans un domaine précis , de me perfectionner , de tirer une expérience
et d'arriver à un niveau élevé de travail . Le parfait dans la course : y tendre au maximum . Avec
mon coeur et de mon mieux ".
Ainsi parle Bernard Fau , le plus Anglais des pliotes Français . très populaire Outre-Manche , il
n'a pas en France , les éloges qu'il mérite . Battre Barry Sheene sur son terrain , sous la pluie ,
n'est pas au palmarès de beaucoup de pilotes ... Il n'a pas la grosse tête , il ne se vante pas , ce
qui explique peut-être , qu'il n'ait pas toujours les gros titres de nos journaux . Bernard aime les
circuits rapides . Amoureux de la course sans barrière , ni arrière pensée . Un passionné qui reste
le même après six ans de compétition .
Bernard Fau : tête d'affiche
Une petite maison isolée dans un grand parc ... Au bout du parc , anachronique , une bâtisse du
siècle dernier . Les arbres sont jaunes et roux . Il fait bon , et tout respire le calme . De la
petite maison sort la voix de Bob Dylan , en sourdine . Des chats gris et noirs passent , hautains
devant nous . Et le maître des lieux nous convie à nous installer chez lui , près d'un feu de bois ,
qui nous fait oublier un instant que nous venons de la Capitale . Ici , ce n'est plus pareil . Nous
sommes en compagnie de Bernard Fau , jeune homme athlétique , le bras droit dans le plâtre . L'homme
qui a battu Barry Sheene ... Garçon modeste , souriant , qui se situe parmi les meilleurs pilotes ,
et qui traverse la vie avec passion , tendresse et amitié .
Tranche de vie
Comme il y a un début à tout , il faut bien commencer par la naissance de Bernard . C'est le 22
février 1953 que ça s'est passé , à Paris . Il a d'abord vécu à Nanterre , puis a émigré à
Sartrouville à 10 ans , où la campagne remplace la grisaille de nos chères cités concentrationnaires .
Indépendant , déjà amoureux de la nature Bernard doit , quand même , aller s'enfermer à l'école ,
comme tout bon gamin qui se respecte . Mais c'est le fiasco à la 3ème :
" Plus aucun intérêt pour l'école ... problèmes disciplinaires en plus ! A cette époque , je
faisais du football , mais j'ai arrêté à 15 ans , à cause d'une fracture de la jambe !"
Garçon très doux , très calme , Bernard découvre avec la campagne , un irrésistible besoin
d'indépendance . Il sort de cocon . Et avec les copains , ce sont les grandes ballades en forêt ...
De retour à Paris , il fait ses premières armes avec un scooter , le fameux engin casse-gueule de
l'époque . Son intéret pour le dessin le pousse à entrer aux Arts Deco desquels il sort , après avoir
griffonné quelques centaines de petites motos . Cette dernière passion est la plus forte , il n'y
résiste pas . En 1970 , il a enfin sa Matchless , qu'il a mis un an et demi à bricoler . Et ce sont
les premiers balbutiements , la recherche d'un peu d'argent , quelques bons résultats et une année
1972 assez mauvaise , il est essoufflé et veut arrêter la course . Partir ... En Afrique peut-être .
Mais ensuite , c'est le Grand Prix de Rungis , et Bernard , spectateur , se sent des fourmis dans les
mains . Tout est là pour le décider à repartir . Il lui faut un peu d'argent . Ce sont alors les
retrouvailles avec le dessin pendant trois mois , ce qui permet de se mettre de côté un petit
pécule , suffisant pour être présent à Magny-Cours , où il termine deuxième derrière Husson !
La remontée
Tous les espoirs sont alors permis . Pourquoi ne pas en profiter ? Bernard s'offre une troisième
place confortable au Championnat de France . Sur sa lancée , il multiplie des records du tour , un
peu partout ( au Ricard : 1' 57" 8 avec une H2 ; à Magny-Cours : 1' 45" toujours avec une H2 ...).
" Ce n'était pas mal , mais je n'ai eu qu'une victoire à la Coupe des Quatre Saisons en 500 . En
750 , je n'ai jamais réussi à gagner . J'étais toujours deuxième ... Deuxième ou par terre ! Il y
avait un problème qui , cette année commence enfin à me quitter : c'était le manque de confiance en
moi . Les types qui ont confiance en eux , ont déjà une supériorité sur les autres . Husson avait
cela pour lui . Beaucoup de gens , pourtant croyaient en moi ... sauf moi ! L'année d'après , en 1974 ,
je trouve G.P.A comme sponsor qui m'achète une moto , et en juin , j'obtiens mes premiers résultats ".
Bernard en Angleterre
Pour moi à ce moment , tous les grands pilotes étaient Anglais . C'était donc là , qu'on devait
voir les plus belles courses , les meilleurs circuits . Je n'ai pas été déçu . La première fois que
je suis allé à Mallory Park , c'était exactement comme je me l'imaginais . Je me suis adapté
rapidement . En trois ou quatre tours , on doit apprendre à connaître le circuit , à être dans le
rythme . Mon meilleur souvenir restera toujours cette place de troisième à Mallory Park , devant des
gars connus comme Pons , Rutter , Grant ... J'ai dû sérieusement me bagarrer durant toute la course .
Les pilotes inter , à part les Grands Prix , n'ont pas beaucoup de choix en France . En ce qui me
concernait , il ne me restait que l'Angleterre , où on peut courir assez souvent . Et c'est ce que je
désirais , pour apprendre , me faire remarquer , obtenir des résultats ... Sheene , dernièrement ,
me conseillait de continuer en Angleterre , parce que j'y ai une bonne image de marque . Se faire un
nom dans ce pays , c'est très important . Ça fait vite boule de neige , et les résultats sont alors
connus des autres pays . Bernard Fau , l'Anglais d'adoption , se plaît à faire remarquer le sens de
l'organisation britannique :
" Les Anglais savent organiser n'importe qu'elle course . Le public est extraordinaire , et sur
un circuit , il n'y a pas l'ombre d'un flic . C'est un réel plaisir de courir en Angleterre ".
La compagne des circuits
Mais cette année , se terminera très mal , avec le drame en Espagne à Barcelone . Une odeur de
mort , la panique ... " Là , si on nous présentait une feuille à signer , sur laquelle vous vous
engagiez à arrêter tout de suite peut-être que ... J'avais mal , bien sûr , mais ce n'était pas là le
plus terrible . C'était l'horreur , autour la réaction des gens , l'incompétence . Quand tu es par
terre , tu vis un véritable cauchemar . Plus rien ne ressemble à rien . Blessé plus gravement ,
j'aurais peut-être pu crever . Je dois l'avouer , ça m'a fait très peur . Jusqu'ici , je n'avais
jamais vraiment pensé aux problèmes de la sécurité . Quand on débute , on se croit invulnérable . Il
faut parfois ce genre d'expérience pour réaliser combien le danger est présent à chaque tour de roue ".
Cette mort , compagne des circuits , Bernard Fau sait maintenant qu'il l'a croisée parfois ... Et
quand il en parle , il ne triche pas . L'interrogation existe en bout de course . Il n'en a pas
peur , cela fait partie de l'aventure . Jouer à ne pas la rencontrer , c'est un peu son métier .
La danse des sponsors
L'année 1975 commence sous un mauvais signe . En janvier , Bernard se casse le bras en faisant du trial .
" Mais au niveau des sponsors , ça démarrait fort puisque j'avais toujours G.P.A. , qui mettait
à ma disposition du gros matériel ( des 250 , 350 avec cadre Cantilever Jacky Germain ). Je faisais
équipe avec Pierre Soulas comme mécanicien . Nous formions un duo de rêve . On s'entendait à
merveille . Le drame , c'est que j'ai commencé tard la saison . J'ai rechuté une fois sur mon bras
cassé , à Nogaro . J'étais complètement déboussolé . Je n'avais pas repiloté depuis 7 mois .
J'avais peur de ne plus pouvoir " accrocher le wagon ". C'était la première fois de ma vie , que
j'étais dans les derniers , et que j'arrêtais . Je ne devais pas m'affoler . Il me fallait
recommencer tout doucement . J'ai décidé " de prendre sur moi ", et j'ai couru le Grand Prix
d'Allemagne , où j'ai fait 16ème . En Italie , ça a été mieux avec une place de 9ème , et mes
premiers points pour le Championnat du Monde . Après Chimay , où j'ai fait les meilleurs résultats
de l'année , j'avais enfin rattrapé mon niveau . Je n'ai jamais cassé de l'année . C'est à peu près
à cette époque , que tout a commencé avec Elf . Je leur ai présenté une maquette de l'Ecurie , du
camion , des trois motos peintes pareillement . C'était propre . Le design avait été " chiadé ".
L'effet avait plus à EIf , et on avait aussitôt sympathisé . Donc , nous avions décidé qu'on
réaliserait une " Ecurie canon " l'année suivante . En juillet , j'arrête les courses après Spa ,
pour préparer la saison 76 . C'est là que Coulon a été incorporé dans l'Ecurie . Avec ce dernier ,
je m'entendais parfaitement . Mais là-dessus , se sont greffés des problèmes d'organisation interne .
Elf a mis en place des gens pas très compétents , et je n'avais plus Pierre Soulas comme mécanicien ,
puisqu'il avait décidé de courir ... Les directives qu'on distribuait ne me semblaient pas bonnes ,
il y eut , bien sûr , quelques frictions ... Je suis prêt à écouter des ingénieurs , des mécaniciens ,
car j'ai tout à apprendre d'eux , mais quand des gens non valables dans ce domaine , veulent à tout
prix imposer leurs idées , cela va à contre sens de la recherche des bons résultats . En plus de tout
ces problèmes , Rougerie est arrivé . Une écurie à trois , dans ces conditions , n'était plus
possible . Rougerie demandait beaucoup de matériel , et de la sorte , il devenait aussi , premier
pilote . Cela voulait dire qu'il y en avait un qui devait partir ! Naturellement , dans ces cas-là ,
c'est celui qui n'est pas d'accord qui paye les frais !"
Bernard Fau a donc payé les frais . Il a été licencié de chez Elf , en janvier 1976 . Situation
difficile . Il se retrouve alors sans rien . Mais une nouvelle fois , G.P.A. mise sur lui , en
achetant du matériel , et en l'aidant à monter une écurie .
Puis Solamo intervient
Et Fau , avec Jean-Claude Meilland , est reparti ...
" En 76 , je fais l'erreur de garder une
vieille 700 , et de vouloir l'utiliser un peu . Elle ne tenait pas tellement le coup . Cela a été
assez néfaste , car on prend rapidement de mauvais plis , avec une moto qui ne " tient " pas , et
qui ne va pas assez vite . J'aurai dû rester en 250 et 350 . Des résultats sont quand même venus ,
surtout en Angleterre , et Assen , où j'ai fait 7ème en 500 avec une 350 . Bilan : année moyenne .
Elle a été moins dramatique que je ne l'aurais pensée au début . Finalement , j'ai sauvé les
meubles ... Et mes sponsors ont été satisfaits , puisqu'ils ont décidé de reconduire leurs engagements
pour l'année suivante , avec la participation de Motul ".
1977 est l'année qui m'a le plus apporté
" Au niveau de la maturité , de l'expérience de la course , des contacts , c'est réellement la
saison la plus enrichissante que j'ai eu jusqu'ici , malgré ce bras cassé à Mosport . L'une des
raisons de cette dernière chute , c'est que je n'avais plus le moral à cause du nombre de casse ,
que j'ai supportées depuis juillet , ce qui m'a fait perdre des places , des points au Championnat du
Monde , et de l'argent ... Mosport , est un circuit très difficile , défoncé , dangereux . Ce
jour-là , il pleuvait . Le moral remontait un peu . La pluie ça remet tous les pilotes à la même
dimension ... Le circuit était très glissant . Comme si il y avait eu de la glace . Les gars
tombaient ... Au premier tour , je suis passé 9ème . Je suis remonté 6ème en trois tours , et à une
grande courbe , j'ai mal " trajecté ", j'ai mal balancé , et la moto est partie . Ça a été la chute
dans le rail . J'ai été très heureux de ne me casser que le bras !"
Bernard en bagarre gagne devant Sheene
" Quelques jours auparavant , en 750 à Brands , j'avais eu une grosse déception , car j'ai
cassé dans cette manche Anglaise du Trophée FIM . J'étais 4ème , quand la boîte de vitesse a sauté
. J'étais déçu , écoeuré , d'autant plus que Brands , j'adore ; et le soir de cette casse , j'ai
hésité . Je ne voulais même pas aller à Snetterton . Finalement , nous y sommes allés . Le circuit
se trouve à 150 km de Norwich , en pleine campagne . On a planté la tente , le mardi , le circuit
était désert . Ambiance de vacances et j'ai passé une semaine calme . Contrairement aux autres
courses où il faut rentrer à Paris , courir après les pièces , démonter , remonter , repartir .
Donc une semaine cool , tranquille et relaxe , les petits ennuis de la moto ne me gênaient plus .
Aux essais , j'ai commencé par faire un 1er temps en 350 , un 7ème temps en 1000 et un 3ème temps
en 750 . Première course : les 1000 . Je pars en tête devant tout le gratin Anglais habituel :
Grant , Hennen , Sheene , Ditchburn , William , Potter , Woods , Newbold ... Pendant 4 tours , j'ai
mené , puis le godet du reniflard rempli d'huile projetait sur la poiqnée de gaz et sur la poignée
de frein , puis sur toute la moto . J'ai alors préféré m'arrêter . J'étais en tête , déçu , mais
content de me sentir dans le coup . Puis la course des 750 a suivi . Il s'est mis à pleuvoir , et
tout le monde a changé de pneus . Je suis parti 4ème . Hennen était en tête , devant Grant et
Haslam . Premier virage je passe Haslam , deuxième , je passe Grant , et je me retrouve en tête avec
Hennen . Tous les deux , nous sommes alors partis , à raison de 2" par tour . Ma 750 complètement
lessivée n'avançait plus , et je revenais à tous les freinages sur Hennen . Je passais pratiquement à
chaque tour en tête devant les tribunes . Je voyais que j'étais à l'aise . Je rigolais . Je n'ai pas
fait un seul travers , pas une seule amorce de chute , alors qu'Hennen devant moi , a mis trois fois
le pied par terre . Réflexe typiquement Américain , qui leur permet souvent d'éviter la chute . A un
moment , en passant Hennen au freinage , alors que je ne pense pas l'avoir gêné , au tour suivant ,
il est venu à ma hauteur , et m'a emmené en dehors de la trace sèche , dans les flaques , avec le
poing sorti . J'ai pensé que , ne me connaissant pas , ça l'ennuyait de se battre avec moi . Un côté
dépit , qui était dû au fait que je l'énervais certainement à l'attaquer sans arrêt . Et puis le même
problème qu'en 1000 m'est arrivé : poignée de gaz et de frein recouvertes d'huile , et heureusement ,
Hennen a cassé . J'ai pensé : chacun son tour ... J'ai fair comprendre que je voulais être panneauté ,
et on m'a montré : 12 secondes devant Sheene . Et là , j'ai eu très peur . Il ne restait que quatre
tours à faire , avec la poignée pleine d'huile . Je devais m'y reprendre à plusieurs fois pour
accélérer . mais je voulais a tout prix gagner , huile ou pas , sur la bulle , les gants , ou les
pneus . C'est dans ces moments-là qu'un pilote peut faire une " connerie ". J'étais prêt à aller très
loin , c'est là que la griserie t'envahit . Je n'osais même plus me retourner . Je pensais être
rattrapé à tout moment . Mais je devais être en bon " feeling ", je ne me suis pas énervé , je
décomposais tout calmement , et j'ai gagné . C'était très très bon . Sheene , après l'arrivée , m'a
félicité . Il a vraiment été sympa . Quant à Hennen , il ne m'a jamais dit bonjour ".
Après cette course , Bernard a franchi une marche dans sa maturité , et dans sa popularité en
Angleterre . Le Championnat Anglais est important , et très suivi , et Sheene ne manque pas une
course . Un Français qui battait Sheene chez lui ... A la suite de quoi. la presse Anglaise a placé
Bernard dans les vingts meilleurs pilotes internationaux .
La saison 78
Plus que jamais , Bernard est en forme , pour sa prochaine saison .
" Je compte faire le
Championnat Anglais en 750 , la façon intégrale pour essayer de finir dans les dix premiers , et
puis après , le Championnat du Monde en 750 . J'ai envie de courir moins , mais mieux . La quantité
ne m'intéresse plus . La qualité est plus importante . Au début , le pilote a besoin de départs ,
mais après , il faut savoir choisir . Cette saison , sur 50 meetings je peux en mettre 20 au panier .
Je commencerai par Daytona , pour essayer de terminer par Macao et la Nouvelle Zélande . Et puis , le
côté voyage me plaît beaucoup , et la formule 750 le permet . Rencontrer de nouvelles personnes ,
c'est l'aventure tout court ".
" A Mosport , pour trouver une pièce , j'ai emprunté la voiture Américaine de l'hôtel , et suis
parti à Toronto . La grande ville , avec l'embouteillage sur l'autoroute , pour y parvenir , tout
seul , sous la pluie , avec un décalage d'ambiance par rapport au circuit , cette ville immense .
Quatre heures pour rapporter la pièce !"
Bernard a prouvé cette saison , qu'il lui a manqué très peu de matériel pour prétendre aux meilleurs résultats .
" Je travaille en confiance avec mes sponsors , ces rapports me plaisent , mais je n'aimerai pas
devoir aller chercher , ma valise à la main , un nouveau sponsor . Le côté représentant de commerce me déplaît ".
La réussite est intimement liée à l'argent , et au matériel dont dispose le pilote , et il est
certain que pour être Champion du Monde, il faut être pilote d'usine ou disposer d'un budget
colossal . L'an prochain , Bernard possédera un atout supplémentaire , en la présence de son frère .
" Mon frère qui vit au Canada avec sa femme , m'a proposé de venir m'aider et c'est une chance
fantastique . Je le connais bien et ai une grande confiance en lui . Et en plus , je prendrai un
autre mécano . De toutes façons , j'aurai un très bon mécano . Et puis , avec mon frère , ce sera un
juste retour des choses , lui qui m'a donné cette passion ".
Les chats sont calmes . Dehors il fait nuit . Bernard nous montre les photos de ses courses
passées , depuis la toute première . Il feuillette son album de souvenirs . Puis il s'arrête là ...
1978 approche ; il faudra remplir de nouvelles pages . Mais avant les photos , avant le " clic "
du reporter , il devra vivre des moments privilégiés , passionnants , angoissés et parfois dangereux .
Bernard ne pense plus à " la compagne des circuits ". Il sourit . Il rêve de sa passion .
Bernard Fau et les Etats Unis
" La vitesse n'intéresse pas les Américains . Je croyais qu'en Californie , soi-disant le
berceau de la moto , ça allait être terrible ! Non . A Laguna Séca , il y avait tout juste 10 000 pectateurs . Aux U.S.A. , en vitesse , il n'existe vraiment que Daytona . Par contre , le
Dirt-Track , qui est plus violent et spectaculaire , leur plaît beaucoup . C'est plus à l'image de
l'esprit Américain . Ces gars-là , ont un sens inné du spectacle . Ils ont cinq , six types
impressionnants , qui possèdent un rythme démentiel . Il faut citer Baker , bien sûr . Quant à
Hansford , c'est certainement l'un des plus grands pilotes du monde . Il me fait penser à Williams .
On ne parle pas beaucoup de lui , et , pourtant , il a une grande classe , il pilote avec finesse .
Aucun travers , pas de genou qui frotte , mais il va vite , vite , vite ... Askland , c'est vraiment
le mec qui monte aux Etats-Unis . Il gagne énormément de courses , même en Dirt-Track . Là , il faut
assister au festival de glissades contrôlées , de roues arrière , aux travers . Chez eux , sur trente
types au départ , on peut en compter vingt-huit ou vingt-neuf à l'arrivée . Ils ne tombent jamais .
En plus , comme ils ne courent pas souvent , ils ont peu de casses , car ils ont le temps préparer
leurs motos . Les pièces ne sont pas chères , donc les engins sont toujours en bon état , et ils ne
courent pas " façon Championnat ". Ils courent une course comme une autre ... Ils sont hargneux et
motivés . Un type comme Askland , doit avoir 2l ans à tout casser ! Il a une sacrée santé . Ce qu'il
faut dire aussi , c'est que certains prennent du speed . Là , ça m'a un peu effrayé . Ce n'est pas
parce qu'ils se shootent qu'ils vont vite , mais ça les aide peut-être . Mais ça , c'est inclus dans
la société Américaine . C'est dans les moeurs . A 14 ans , les gosses sont mis sur une moto , et ils
courent . A Miami , une nuit , j'ai assisté à une course de gosses de 10 , 12 ans . Les parents
étaient déchaînés et hurlaient . Ces gosses sont habillés de cuirs à la Roberts , coupés et ajustés à
leurs mesures , ils ont la " godasse " en plomb , le Bell à leur taille ... Des modèles réduits ,
quoi . Tout y est . Le père transformé en mécano ; le speaker annonce les gamins qui se présentent un
par un . Moi , ça me fait peur ... Ce pouvoir qu'on donne aux gosses , a quelque chose de terrifiant .
La famille se reporte sur leur progéniture !"
Informations tirées de Moto Presse du 2 au 8 novembre 1977 . Par Didier Convard et Marc Tournaire .