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FRANÇOIS GOMIS

 
 
Légende : Quelques anciens du M.C.C.S.P. Debout de g. à d. : Jean-Pierre dit « Banga » ( Moto Guzzi Club de France ), Jacques ( Trident Rickman , fantastic ), Dédé ( pas changé d'un poil , vexant ), Marco ( tous réunis ce jour-là pour ses 50 + 10 ans ), Roger ( imperturbable , comme dab ), Peter ( intello et tatoué ), François ( petite bouée quant même ). Devant : Manu ( le dernier Président du club ), Alain MV dit d'Artagnan , Danielle ( toujours aussi belle ). Un seul d'entre eux ne roule plus en moto , le traître .

Légende : Quelques anciens du M.C.C.S.P. Debout de g. à d. : Jean-Pierre dit « Banga » ( Moto Guzzi Club de France ), Jacques ( Trident Rickman , fantastic ), Dédé ( pas changé d'un poil , vexant ), Marco ( tous réunis ce jour-là pour ses 50 + 10 ans ), Roger ( imperturbable , comme dab ), Peter ( intello et tatoué ), François ( petite bouée quant même ). Devant : Manu ( le dernier Président du club ), Alain MV dit d'Artagnan , Danielle ( toujours aussi belle ). Un seul d'entre eux ne roule plus en moto , le traître .

 

La prise de la Bastille


Beaucoup ont encore en mémoire le rassemblement de motos qu'il y avait le vendredi soir sur la place de la Bastille à Paris . C'était gigantesque . La « prise de la Bastille » par la gente motarde a commencé dans les années 60 au sud de la colonne sur le terre-plein côté arsenal ( canal ) faisant l'angle du boulevard Bourdon et de la place , et l'angle de la place et du boulevard de la Bastille .

Attention , il est certain que depuis qu'il y a la Bastille et des motos , des motards se sont retrouvés sur la place , mais là nous parlons du « phénomène Bastille ». Dans les années 70 et 80 , il y aura des motos rassemblées sur une bonne partie de la « Bastoche », quelquefois béquillées sur une dizaine d'épaisseurs côté sud au point que les voitures ne pouvaient plus circuler que sur une ou deux voies ! Peut-être que le nombre de motos a été compté , style 1 000 selon la police , 4 000 selon les organisateurs , voire plus ? Qui sait ? Mais au fond aucune importance , surtout que ce rassemblement n'a jamais été organisé par quiconque . Personne ne peut revendiquer la « Bastoche » puisqu'elle s'est faite toute seule . C'est d'ailleurs ce qui en a fait la valeur et le succès . Et pour être franc , l'origine du phénomène puisque spontané n'est pas vérifiable au sens journalistique du mot .

Mais l'explication sur sa naissance qui suit est naturelle , logique et vécue. Tout a commencé au milieu des années 60 avec quelques dizaines de motards qui se retrouvaient chaque vendredi soir vers 20 heures sur ce terre-plein sud . C'était donc avant les années folles de la moto . Ces motards étaient membres d'un club , le Moto Club des Cheminots Sportifs de Paris ( M.C.C.S.P. ). Le siège du club , faisant office de salle de réunion , était rue Traversière à quelques centaines de mètres de la Bastille . Le dit local était dans un immeuble appartenant à la S.N.C.F. , la Société Nationale des Chemins de Fer Français .

J'ai eu l'honneur de faire partie de ce club , vice champion de France des concentrations ( 69 ou 70 ) à partir de juillet 1969 . À noter que , dès cette époque , il n'y avait pratiquement plus de vrais cheminots dans ce club qui accueillait tout motard sans distinction ( merci d'ailleurs à la SEUNEUCEUFEU ).

Pourquoi les gars du M.C.C.S.P. se retrouvaient-ils d'abord à la Bastille au lieu d'aller directement au local du club ? C'est simple . En arrivant tous ensemble au club , en troupeau , aux alentours de 21 heures , on faisait du bruit une seule fois . C'était plus correct pour les habitants de la rue Traversière . Alors que si chacun de nous était arrivé séparément , la nuisance sonore aurait été plus importante , car certains roulaient en mégaphones ou approchant ! Mes tromblons sur ma BSA Thunderbolt , monstrueux Et les Laverda , hein , quand t'ouvrais , le bruit , hein , même avec les pots d'origine , hein , c'était pas du gazouillis de serin slovaque ! Voilà donc le pourquoi du pourquoi . D'abord la Bastille et ensuite le club pour ne déranger les voisins du club qu'une seule fois .

Revenons sur le phénomène « Bastille ». À la fin des années 60 , il y a , on le sait , de plus en plus de motos grâce aux marques japonaises . Comme la moto sort de ses années creuses , et même si quelques clubs ont survécu , les nouveaux motards Franciliens n'ont pas de « structure d'accueil » comme l'on dirait aujourd'hui . Ils sont alors nombreux à se balader seuls ou à deux ou trois potes au hasard dans la ville lumière . Comme la Bastille est l'un des carrefours les plus fréquentés de la capitale , les motards « isolés » remarquent que le vendredi à partir de 20 heures , il y a toujours une bonne vingtaine de motards ( les « Cheminots ») et leurs bécanes sur le terre-plein de l'arsenal . Et c'est parti .

On s'arrête , on discute et ainsi de suite . Les gars du M.C.C.S.P. partent vers 21 heures , les autres motards restent discuter , d'autres arrivent en les voyant , etc. Et ils seront de plus en plus nombreux . L'effet boule-de-neige ! Dans la bande du M.C.C.S.P. , Dédé Hugon ( Guzzi V7 puis V7 S , pas une Sport mais bien une S - puis 4 pots ) dit qu'en 67 , il y avait déjà un peu de monde en plus des Cheminots .

À partir de la mi-69 , je peux assurer qu'il y avait régulièrement au minimum deux cents motos le vendredi soir sur la place quand nous partions au club ( l'hiver , il y avait moins de monde !). Et , à partir du printemps 1970 , en ce haut lieu de l'histoire de France ( c'est en effet là que le 14 juillet 1789 Jacques Boulon rencontra Berthe Écrou **), la croissance du nombre d'individus casqués conduisant de grosses motos devint exponentielle ( mon mari )*.

Voilà donc l'histoire de la Bastille , partie simplement d'un nid de motards qui , comme un aimant , en ont attiré d'autres , qui eux-mêmes en ont attiré d'autres ... Jusqu'au jour où la Mairie de Paris a installé des barrières et des plots en ciment pour faire de cette esplanade un parking de voitures . Qui dit voiture dit automobiliste , donc vache à lait puisque le parking bien sûr était payant . Et ( accessoirement ?) comme lorsque les motards arrivaient , il y avait de plus en plus de voitures déjà garées sur l'esplanade , le côté « marée de motos » était cassé , c'était moins bien , l'ambiance n'était plus la même .

Le phénomène Bastille a alors peu à peu disparu . Mais peut-être aussi était-ce l'esprit motard qui changeait . « Ô jeunesse , ô passé , Que ne suis-je ici que pour vous regretter . Ben non, y-a rien à regretter . Le temps passe , les temps changent , les poils blanchissent , on se tasse , et autres lieux communs , c'est comme ça . Point/barre . La Bastille reste toutefois un souvenir merveilleux pour trois petites générations de motards . En conclusion , une seule chose à dire : même sans le faire exprès , les « Cheminots », c'étaient les plus beaux .

Apharedeclépet14delpe *** à tous les clubs de moto , passés , présents et à venir . *À l'ardoise , plat du jour : humour potache . ** Je triche puisqu'un boulon est par définition un « ensemble constitué par une vis et par un écrou ». J'aurai donc dû écrire - Jacques Vis rencontra Berthe Écrou et ils firent un petit boulon ». C'est aussi amusant mais ça sonne moins bien . *** Appel de phare et clé de 14 dans le désordre .

P.S. 1 : Le M.C.C.S.P. s'est moto-dissout au milieu des années 70 .