 |
Olivier Chevallier est mort |
Adieu à un pilote , à un " Monsieur " , à un ami ...
Olivier Chevallier , pour tout le monde , c'était plutôt " Cheval " : un regard complice ,
des cheveux blonds définitivement rebelles , un perpétuel éclat de rire au bord des lèvres
et un accent Parisien que sa voix rauque ne parvenait pas à éteindre . C'était aussi une
personnalité , parfois critiquée , le plus souvent aimée mais ne laissant , au grand jamais ,
personne indifférent . Pendant toute sa vie d'homme , Olivier devait assumer jusqu'au bout
cette passion que nous avons tous : la moto . Elle lui avait apporté , sinon la fortune ,
cette existence passionnante qu'il voulait plus que toute autre chose et pour laquelle , une
bonne fois pour toutes , il avait décidé de payer le juste prix . Intelligemment , comme tout
ce qu'il entreprenait , Olivier en avait , il y a bien longtemps , envisagé et accepté
les risques . Parce que pour lui , comme pour de trop rares personnes , il fallait aller
jusqu'au bout de son choix http://www.appeldephare.com.
Olivier Chevallier était le cinquième d'une famille de huit enfants . Né le 6 février 1949 , il
devait passer une partie de son enfance chez ses grands-parents à Vendôme et y constater ,
en compagnie de celui de ses frères avec il restera le plus proche , Alain , les joies
indiscutables d'une existence trépidante . Volontiers casse-cou , toujours partant pour
les bagarres à coup de tuiles ou les séances d'escale sur le toit de la maison familiale ,
le petit Olivier n'est pas précisement un enfant sage . Mais tant bien que mal , entre des
vacances mouvementées à Vendôme , Olivier poursuit normalement ses études et ne tarde pas à
découvrir les attraits de la compétition mécanique : son père , Bernard Chevallier , est un
amateur de voitures et participe , alors sans grands moyens , à de nombreux rallies . Souvent ,
pour faire partager sa passion à ses gosses , il les emmène au Mans ou à Montlhéry et c'est
sans doute sur le bord de ces pistes qu'Olivier acquiert inconsciemment le virus . Car
conjointement , avec ses frères , il pratique le tennis , la natation ou le ski et ne songe pas
alors à se consacrer aux sports mécanique . C'est alors qu'arrive en France cet engouement pour
le kart qui va conquérir Olivier . Devenu passion familiale , ce sport va permettre à Olivier
de prouver ses talents puisqu'il réussit à battre plus d'une fois ses frères plus âgés .
En 1965 , à seize ans , Olivier rate son BEPC et le 50 cc que son père offrait rituellement à
ceux qui réussissaient . Il bosse pendant l'été et s'achète , de ses propres deniers , un
50 Motobi avec lequel , enfin , il commence à apprécier le deux roues . Il s'amuse , à
l'époque , mais sans songer un instant à devenir vraiment pilote lorsque son père , l'année
suivante , apprend l'existence de l'opération Jeunes Tigres : sponsorée par Esso sous la
houlette de Georges Monneret , cette épreuve de promotion permet pour une somme modique
( 170 Francs ) de participer à de très authentiques compétitions de vitesses . Inscrits avec
trois de ses frères , Olivier se retrouve dans la phase finale avec deux autres postulants ,
à Montlhéry , mais cette fois sur une 250 Aermacchi de l'écurie Borie , Olivier remporte
ces " Jeunes Tigres " 66 et se retrouve , pour la saison suivante , incorporé au sein de
l'écurie Aermacchi de l'importateur Français .
1967 les vrais débuts
Pour sa première sortie sur une Aermacchi Ala d'Oro modifiée , Olivier allait réaliser le
troisième temps scratch ( c'est à dire Inter et Nationaux confondus ) derrière deux des
meilleurs pilotes de l'époque , Lheraud et Vigreux . L'importateur de la marque décide du
coup de lui prêter une " bonne " machine que Olivier , malheureusement , cassera au deuxième
tour de la course . Malgré ce pas de clerc , Olivier , sur une Ala d'Oro classique finira
bien placé au classement national . La course , pour lui commence à devenir importante : son
père , qui tient le langage de la raison , lui conseille vivement de passer le bac et
Olivier , sagement se met au travail . Bachelier en 69 , il se prépare d'abord à Normal Sup
avant d'opter définitivement pour des études d'architecture . Mais la passion de la course
et les premières sorties sont encore trop présentes à l'esprit . A la mi-saison , il s'achète
une TD1C et se lance aussitôt dans le championnat national : vainqueur à Magny Cours , au
Mans et à Montlhéry , ou il est sacré champion de France de la catégorie . Quelques semaines
plus tard , au Bol d'Or , l'Anglais Peter Darvill lui propose in-extremis la place de son
coéquipier qui vient de lui faire faux bond : les deux hommes termineront à la seconde place
et Olivier , d'un seul coup , devient presque célèbre . Devenu Inter , Olivier ne veut plus
dépendre de son père : il commence alors à démarcher les sponsors et à se faire , dans le
milieu de la course , une très solide réputation : car Chevallier , pour tous ceux qui ont
eu l'occasion de faire un bout de route avec lui , reste à chaque fois une expérience valable .
Plus vite que les autres , Olivier comprend l'importance de l'argent et des relations
" d'affaires " qui doivent exister entre pilote et sponsors . Après une saison moyenne en 71 ,
il devient plus ambitieux pour l'année suivante et avec deux Yamaha ( 250 et 350 ) il décide
de passer au stade supérieur : les grands Prix .
72 : Les GP
Refusé en Allemagne . Olivier participe à son premier GP sur le circuit de Clermont-Ferrand .
Dans la course des trois et demie , il se retrouve bien vite en cinquième position devant
des pilotes comme Rodney Gould , Aldu Celso Santos et Barry Sheene . Il commence même à revenir
sur les meilleurs lorsque ses pots d'échappement crevés ruinent tous ses espoirs . L'épisode lui
vaudra une sérieuse algarade avec Jacky Germain puisque Olivier fera le reste de la saison
avec ses copains Latouche et Saint Wandrille . Refusé en Hollande et en Tchécoslovaquie , il
court sans grand succès le Grand Prix de Suède mais se reprend fort bien la semaine suivante
en Finlande ou il finit septième . Malheureusement déclassé pour une erreur matérielle , il
se console en Angleterre avec Barry Sheene en disputant les épreuves du mois d'aout . La fin
de saison , avec une victoire à Montlhéry et une seconde place en deux et demie derrière
Michel Rougerie sur une Harley officielle , lui permet de se faire remarquer : pour certains ,
Olivier est déjà " le pilote de la fin de saison ". Pendant l'hiver 72/73 , et tout en
s'occupant activement de ce salon de la compétition , dont il est un peu le père , Olivier
entamme de fructueux pourparlers avec Leconte , qui importe en France les Harley Italiennes .
Pour le début 73 , Olivier est ce que l'on appelle " pilote d'importateur ". Cette année 73 ,
pour Olivier , sera celle de la chance puisqu'il est , sans aucune forme d'exagération , l'un
des rescapés du drame de Monza : on se souvient de cet effroyable accident qui devait coûter
la vie de Saarinen et de Pasolini . Olivier , après un excellent départ , devait passer à près
de deux cent à l'heure au milieu des flammes et des débris de moto qui jonchaient la piste .
" Je ne sais pas comment j'ai fait http://www.appeldephare.com." devait-il me dire plus tard en rentrant aux stands .
Blême , encore décomposé par la peur restrospectives de ce qu'il venait d'éviter , il avait ,
ce jour-là , un sourire trop crispé http://www.appeldephare.com. Quelques jours plus tard , à Clermont-Ferrand ,
Olivier participait comme les autres à la grève des pilotes et se retrouvait aussitôt " remercié "
par l'importateur Harley Davidson . Sans monture , mais avec toujours l'appui de ses sponsors .
Il repartait sur la scène internationale avec sa vieille Yam et l'ex 350 de Ruggia : une fois
encore , en fin de saison , les résultats venaient rappeler aux sponsors les qualités de
Chevallier . Pendant tout l'hiver , pour préparer la saison suivante , Olivier part à la chasse
aux contrats et se tourne vers la Seïta qui fait à l'occasion ses débuts dans la compétition .
Après une sortie trop coûteuse à Daytona , il connaît à nouveau des problèmes avec ses
mécaniciens et décide , enfin de travailler avec celui qui lui fera faire les progrès les
plus importants : son frère Alain , passionné de mécanique et qui accepte pour trois fois rien
de lui préparer ses machines . Il marque des points en Suède , en Italie , en Yougoslavie sans
atteindre la renommée qui devrait être la sienne . Mais une fois encore , il termine en beauté
cette saison avec une troisième place en Espagne et deux belles courses à Karland et sur le
circuit Paul Ricard . Vient alors la période de l'armée : incorporé au bataillon de Joinville ,
Oliver connaît un net passage à vide : peu de résultats probants , de nombreux soucis mécaniques
( son frère Alain se consacre alors à l'automobile ) et un moral au plus bas . Comme il le
disait lui-même : " Je ne cours pas , je roule http://www.appeldephare.com." . Fort heureusement la perspective de
retravailler avec son frère lui redonne un moment confiance et les résultats s'en ressentent
aussitôt . Deux bonnes courses en Suède et Finlande , une seconde place en 350 en Tchécoslovaquie
et une cinquième en 500 . Il peut ainsi , la tête haute , aller frapper à la porte du pétrolier
Esso qui lui offre son aide . Cette fois , l'intendance suivant , il peut enfin acheter deux
motos que son frère Alain lui prépare : avec minutie . De bonnes places en France , pour le
début de la saison , se confirment rapidement en GP Autriche et en Italie . Mais la
consécration , c'est en Yougoslavie qu'il allait la connaître . Après une course magnifique
en 250 , il occupe pour la première fois de sa carrière la première place de la course et
commence à croire enfin à cette victoire tant souhaitée . Mais un bruit suspect dans la roue
arrière l'oblige à rendre la main et il termine à la troisième place derrière Braun et
Herron . En trois cent cinquante , encore tout chaud de la course précédente , il est le
seul à suivre , un instant , Agostini qui effectue cette année son retour sur ses légendaires
MV . Et quand Ago casse , à mi-course , Olivier est cette fois certain qu'il peut remporter
le premier GP de sa carrière . Mais Olivier sait alors que tout est à sa portée et il
maintient jusqu'au bout sa cadence formidable . Lorsqu'il montera , pour la seule fois de
sa vie sur la plus haute marche du podium , Olivier ne cachera pas l'immense joie qui
l'habite : son rêve enfin , est devenu réalité http://www.appeldephare.com.
Toujours avec son frère Alain , Olivier va continuer jusqu'au bout cette carrière à deux
facettes . Pilote de talent dans le monde de la vitesse inter , il continue d'accumuler
les résultats sur tous les circuits du monde . Entre les courses , et pendant l'hiver , il
améliore son salon de la compétition et continue d'amener , dans le monde de la moto ,
de nouveaux noms et de nouveaux moyens . C'est lui , par exemple , qui a su interesser Pernod
à la course comme il l'avait fait pour Seïta et bien d'autres . Conscient de ses possibilités ,
Olivier envisageait de plus en plus cette reconversion inévitable que trop de pilotes se
refusent à considérer comme inévitable . Certain de son image de marque , de ses connaissances
et de tous ces amis qu'il comptait dans le monde de la course , il se faisait fort , même
après avoir raccroché , de rester près de ce qu'il aimait plus que tout au monde : la moto .
Cette saison 80 , devait lui permettre , si tout allait bien , de renouer une fois encore
avec la grande victoire : " J'aimerai bien disait-il avant de m'arrêter , en gagner encore un .
Après http://www.appeldephare.com. ". Pourquoi faut-il , d'un seul coup , que me revienne en mémoire ce soir Yougoslave
de 1976 ? Olivier , son frère Alain et quelques copains présents étaient allés , très tard ,
manger ces brochettes pimentées et boire ce vin fort que l'on sert dans ce pays . Plus souriant
que jamais , " Cheval " goûtait pleinement la joie de sa victoire et du travail bien fait .
Il faisait ce qu'il aimait , il le faisait bien , et ce jour là , comme tous ceux qui
allaient suivre , il était heureux .
Informations tirées de Moto Revue N° 2457 du 10 avril 1980 . Par Ph. Michel . |