Patrick Pons : un homme , un champion |
" Tu vois le gars en bleu , c'est Pons " ; un motard montre à son copain une silhouette bleue
se dirigeant vers les stands du circuit Paul Ricard . " C'est lui qui a les jambes pleines de
ferraille ! " ( véridique ! ) " Sûrement , regarde sa démarche , on dirait un canard ... ".
Déjà , de par son allure , Patrick Pons sort de l'ordinaire , mais pour ceux qui le côtoient
régulièrement , il n'y a pas que cette démarche " donaldesque " qui étonne et surprend . Pons
est un garçon de bonne famille , cheveux chatains et yeux bleu ; il est célibataire , ne fume
pratiquement pas , idem pour la boisson et fait beaucoup de sport . Pons gagne la coupe Kawasaki
en 72 et est ensuite remarqué par Jean-Claude Olivier , PDG de Sonauto ( l'importateur Yamaha
en France ) qui lui fournit tout le matériel nécessaire pour disputer les courses du championnat
du monde 250 et 350 . Puis , après quatre saisons de Grand Prix et un palmarès plus qu'honorable ,
Patrick Pons devient champion du monde 750 au terme d'une saison où le suspens a été monnaie
courante puisque ce n'est que dans l'avant dernière course que le Français distancera ses
poursuivants , le Suisse Michel Frutschi et le Sud-Américain Johnny Cecotto . La réussite n'a
pas toujours été du côté de Patrick Pons et le souvenir des années 76 et 77 ne peut que le
confirmer ; de nombreuses chutes , membres cassés et traumatismes craniens , les communiqués
du team Sonauto Gauloises ressemblant plus à des publications médicales qu'à des feuilles de
résultats , deux années pleines de doute et de souffrance pour Patrick Pons , et la maturité .
78 verra Pons revenir au premier plan plus régulièrement que les deux années précédentes et
une cinquième place au championnat du monde 750 annonce le retour en forme du " Gauloises-boy ".
La suite vous la connaissez . Voilà donc retracée brièvement la carrière de Patrick Pons ,
une carrière pleine d'épines , agrémentée de podiums et entourée de l'atmosphère éthérée des
couloirs d'hôpitaux , une carrière où se sont côtoyées en permanence la souffrance et la joie .
Peut-être , au travers des multiples articles qui ont été écrit sur Pons , est-il possible de
discerner un des traits principaux de sa personnalité : la timidité . Mais malgré cette timidité
évidente , Pons a franchi sans difficulté les étapes de la renommée alors que nombres d'autres
n'auraient pu y accéder avec un tel handicap ; pour un pilote professionnel , c'est en effet
une lacune presque impardonnable de ne pas pouvoir répondre à une interview sans baisser les
yeux , sans trébucher sur quelques mots clés comme Kork Ballington et Kawasaki , comme
Castellet et chronomètres , comme OW 31 et double-droit ! Malgré cela , Pons est devenu une
vedette à part entière , ce qui prouve que le talent peut prendre parfois le pas sur l'une
des conditions premières du vedettariat : l'éloquence .
Il n'en reste pas moins que pour un journaliste , il est difficile , voire impossible de
" décortiquer " Patrick Pons et j'avoue que malgré trois jours de " planque " avant et
pendant le Moto Journal 200 , malgré une soirée passée en compagnie du champion du monde ,
malgré même les efforts de Patrick pour briser cette glace qui l'entoure , le " vrai " Pons
ne s'est pas révélé , si tant est que derrière le Pons que nous connaissons se cache un autre
homme et que derrière la silhouette gauche et malhabile du pilote , il y ait " autre chose ".
Patrick Pons n'est donc pas un être " sociable " ; quant à dire qu'il est secret et renfermé ,
rien n'est moins sûr et à l'heure où la disparition tragique d'Olivier Chevallier teinte le
monde de la moto d'une opacité qui restera sans doute indélibile , on ne peut reprocher à
Patrick Pons d'être ce qu'il est . Après la gentillesse de Patrick Fernandez, sa disponibilité
et son hospitalité toute méditerranéenne , l'autre Patrick surprend mais gardons nous bien de
juger . Le fait qu'il ne se soit pas vraiment " ouvert ", qu'il n'ait pas dit ce qu'il avait
sur le coeur , le fait qu'il ne recherche même pas la publicité en donnant du " sensationnel ",
ce Pons anti-star est étonnant et attachant . Au point même que j'en suis arrivé à une maigre
conclusion : et si tout cela ne le concernait pas ! Et si ce qu'il aime ce n'est que la course ,
quelle qu'en soit la forme ! Lorsqu'on lui pose des questions classiques , il se dandine et
répond à côté ; manifestement il pense à autre chose et il en a le droit .
n'aurait sans doute terminé que peu de courses . Il matraquait fort les boîtes de vitesse
mais maintenant , à force , il est devenu un peu plus sensible à la mécanique . D'autre part ,
il est évident que Pons ne court pas pour la frime , et il est indifférent à tout ce qui vient
se greffer sur la personnalité d'un champion . Patrick est un pur ! Il a une volonté incroyable
qui le pousse à avoir une dureté folle pour lui-même . Je l'ai vu bien abimé , il ne s'est
jamais plaint . Patrick sait que s'il est tombé , c'est de sa faute , il n'a jamais accusé
quelqu'un d'autre . Patrick est un dur ! Et puis , Patrick s'intéresse aussi à ce que font
les autres : il te demande souvent comment se sont passés tes essais , ou ta course . Il aime
bien discuter et il est vrai que c'est un type gentil . Je ne pense pas qu'il ai fait le Bol
par plaisir , mais son caractère a repris le dessus , et puis le Bol c'est le Bol , taxer les
Honda , ça ne laisse pas indifférent . Tous les grands l'ont fait et Patrick comme les autres
a été attiré par cette course . Ajoutons à cela le fait de disputer l'épreuve avec une moto de
Grand Prix entre les mains ... Autre point important , c'est l'aide que Patrick apporte à
certains pilotes : Terras , Sarron , Boulom , Courly , Le Bihan , Fontan et puis d'autres dont
moi , et cette année Yves Guilleux par l'intermédiaire du Fan's club . Patrick m'a toujours
dit que dès qu'il pourrait aider un type , il le ferait , et c'est vrai qu'à partir du jour
où Patrick est devenu Patrick Pons , il l'a fait .